Ni binaire, ni non binaire

Lorsqu’on se dit de droite, anti-système, plutôt autarcique que mondialiste, avec davantage de sympathie pour les armes de tout calibre que pour l’idéologie LGBT, on a aussi le droit – sinon le devoir – d’aimer le bon goût, le savoir-vivre, l’intelligence, la finesse et la subtilité. On nous pardonnera donc cette trahison de ne pas éprouver de regret insurmontable à l’égard d’un individu relativement vulgaire, qui a (plus ou moins) tenu les rênes des Etats-Unis d’Amérique pendant quatre ans, et de lui préférer définitivement celui qui reste l’homme fort de la Fédération de Russie depuis vingt et un ans. Le second, dont personne n’attendait rien au moment de son accession au pouvoir, a surpris tout le monde. Le premier, en qui nous fondions tant d’espoirs, a déçu. Nous lui en voulons d’autant plus qu’il est très déplaisant de se retrouver bien malgré soi assimilable aux anti-Trump (qui sont généralement aussi anti-Poutine), car ces gens sont antipathiques et infréquentables.

Cela étant posé, les échos qui nous viennent de l’est de l’Europe, même s’ils sont parfois contradictoires, nous donnent à penser que ces pays, qui apparaissaient jusqu’il y a peu comme des havres de liberté et de normalité, ont désormais cédé eux aussi à la panique sanitaire et au soviétisme médical face au coronavirus. Des admirateurs de la Hongrie, notamment, se sont déclarés dépités par la politique de Viktor Orbán. Si nos idoles défaillent, qui allons-nous admirer? En même temps, nous trouvons ici ou là des propos pleins de bon sens à propos de la santé, de la maladie, de la vaccination, du risque ou de l’envie de vivre, chez des personnalités dont nous ne partageons habituellement aucune des positions et qui ne deviendront jamais nos idoles.

La même complexité nous guette lorsque nous voulons manifester une parfaite honnêteté intellectuelle. Les anti-vaccin, coalition hétéroclite dont nous partageons, en gros, le goût du libre choix et la méfiance à l’égard d’une médecine présomptueuse, poussent aujourd’hui des cris d’orfraie à l’idée que des restaurateurs puissent restreindre l’accès à leur établissement aux seules personnes vaccinées. Pourtant, si l’on veut être logique et de bonne foi, ne devrait-on pas défendre le libre choix de chaque aubergiste sur cette question? Après tout, nous n’aurons qu’à aller dans d’autres établissements. (Ce sera même recommandé!) On pourrait d’ailleurs, par la même occasion, autoriser le libre choix de la clientèle selon d’autres critères.

Il est au fond assez rassurant de constater, à travers mille exemples, que la réalité ne nous enferme jamais dans des blocs politiques ou philosophiques totalement clos et définitivement antagonistes. La leçon à en tirer est qu’à l’ère du numérique triomphant les modes de pensée purement binaires sont intellectuellement peu satisfaisants. Et la bizarrerie des temps veut que nous ajoutions aussitôt, avec véhémence, que cela ne nous rapproche en rien d’un mode de pensée non binaire.

Pollux

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