Une initiative inopportune

Je le dis d’emblée: le 7 mars, je voterai contre l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage».

Je suis excédée par la manie qu’ont certains partis et certains mouvements – en l’occurrence le Comité d’Egerkingen, qui dissimule, fort mal d’ailleurs, le visage de l’Union démocratique du centre (UDC) – de vouloir régler tous les problèmes à l’échelon fédéral, sans se soucier de différences de mentalités qui sont la marque d’un pays aussi varié que la Suisse.

Ce qui, actuellement, est jugé opportun à Bellinzone ou à Saint-Gall, à savoir, dans le cas qui nous occupe, l’interdiction de se masquer d’une manière ou d’une autre dans l’espace public, ne l’est pas à Zurich, Schwytz et Glaris. Pourquoi devrait-on tenter de «mettre au pas» Zurich, Schwytz et Glaris, sans compter les cantons – Zurich en fait partie, d’ailleurs – qui se sont dotés de lois diverses, mais moins radicales, en matière de dissimulation du visage? Pourquoi devrait-on opprimer des cantons qui n’ont pas jugé utile de légiférer en la matière?

Théoriquement, l’initiative vise, d’une part, les voyous et autres courageux casseurs qui s’encagoulent pour commettre impunément leurs méfaits et, d’autre part, les rares femmes musulmanes qui se dissimulent entièrement sous un niqab ou une burqa. Dans le premier cas, il s’agit d’une affaire d’ordre public, dans le second d’une question religieuse, deux domaines dans lesquels les cantons sont souverains et doivent le rester.

J’emploie l’adverbe «théoriquement», car, en réalité, l’initiative «Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage» masque le véritable but du Comité d’Egerkingen: lutter contre l’islamisation progressive de la Suisse en s’attaquant à ses signes visibles – c’était déjà le cas lors de la votation sur les minarets. Les défenseurs de l’initiative ne se privent pas, d’ailleurs, de qualifier celle-ci d’«anti-burqa».

Ils se proposent aussi de soustraire les femmes musulmanes à l’oppression de leurs maris, pères et frères et de leur offrir la liberté et l’égalité garanties par nos «valeurs»1.

J’adhère volontiers à cette noble cause. Mais je ne crois pas que le moyen choisi par le Comité d’Egerkingen soit le bon; non seulement parce qu’il viole le fédéralisme, mais aussi parce qu’il confond les effets et les causes, un peu comme les utopistes qui croient qu’on peut supprimer les guerres en détruisant les armes ou les médecins qui prescrivent des analgésiques de plus en plus forts quand il faudrait s’en prendre sérieusement aux causes d’un mal de tête récurrent.

Je m’attends à ce que l’initiative soit acceptée: l’islam fait peur et ça se comprend.

Que se passera-t-il ensuite?

Les rares burqas qui se rencontrent en Suisse disparaîtront, sauf cas de provocation. Y aura-t-il moins de foulards islamiques? moins de femmes brimées? moins de tyrans domestiques? moins de pères et de frères à l’honneur chatouilleux? moins de musulmanes réclamant la liberté de porter le voile?

La cohabitation entre les diverses composantes de la population suisse en sera-t-elle facilitée?

Je pose cette dernière question parce que, en page 14 de la brochure explicative du Conseil fédéral2, où les initiants présentent leurs arguments, on apprend que l’initiative «aborde des questions fondamentales du vivre-ensemble».

Le «vivre-ensemble» fait partie du vocabulaire à la mode. C’est l’un des termes favoris des idéologues, politiciens et organisations qui promeuvent le multiculturalisme et l’immigration musulmane, cause des tenues dissimulatrices que l’initiative prétend combattre.

Ce concept me donne de l’urticaire.

Raison de plus pour voter NON!

Mariette Paschoud

 

1 Je tire mes informations de la brochure explicative du Conseil fédéral à propos des votations du 7 mars et des commentaires qui fleurissent sur Facebook.

2 https://www.admin.ch/gov/fr/accueil/documentation/votations/20210307.html

Thèmes associés: Egalité, discriminations - Immigration - Politique fédérale - Religion

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