Tous inaptes

L’athéisme dans les lois, l’indifférence en matière de religion et ces maximes pernicieuses qu’on appelle catholiques-libérales, voilà les vraies causes de la ruine des Etats.

Pie IX: alloc. du 18 juin 1871 à des catholiques français.

Sous cette égale protection de tous les cultes se cache et se déguise la persécution la plus dangereuse, la plus astucieuse qu’il soit possible d’imaginer contre l’Eglise de Jésus-Christ, et malheureusement la mieux concertée pour y jeter la confusion et même la détruire, s’il était possible que la force et les ruses de l’enfer puissent prévaloir contre elle.

Pie VII: encycl. du 22 mai 1808

L’affaire du crucifix dans les écoles publiques du canton a révélé plus qu’un malaise général de la société valaisanne face à la religion, une inaptitude à traiter raisonnablement et équitablement cette question, et ceci quels que soient les partis en cause. J’aurais dans un premier temps tendance à comprendre l’audace du professeur Valentin Abgottspon (tiens! il porte le mot Dieu dans son patronyme...), car le fait que les autorités cantonale et communale qui l’ont licencié n’aient pas osé invoquer son acte (le retrait du crucifix dans la salle de classe où il enseignait) comme motif de ce licenciement, par simple calcul procédural, est un signe incontestable de faiblesse et de manque de confiance, au demeurant fondé, dans le droit en vigueur actuellement en Suisse.

En effet, sous le régime de la liberté religieuse, toute atteinte à son exercice viole la loi, et même les athées sont protégés dans leurs actes par ces dispositions constitutionnelles fédérale et cantonale. Toutes postulent la neutralité confessionnelle de l’espace public comme garantie de paix religieuse par son athéisme même. Dès lors, la pose de crucifix dans des écoles publiques révèle une contradiction entre le fait et le droit, contradiction qu’il est aisé à tout un chacun de relever pour en tirer l’avantage pratique qui lui convient. On peut dès lors indifféremment abolir tout signe religieux dans l’espace public ou au contraire les tolérer tous indifféremment, mais à la seule condition que ces traitements aient l’agrément d’une majorité significative dans la société et qu’ils ne créent par eux-mêmes aucun désordre. Cependant, il est aussi contradictoire de limiter cette tolérance aux seuls espaces publics externes à l’école publique et de la supprimer dans ce milieu de travail.

On peut donc à cet égard faire l’observation suivante: la croix choque les musulmans, mais l’étoile de David ou le croissant de lune choqueraient en milieu chrétien dans le même espace. Quant à l’athée, il est, lui aussi, en droit de s’estimer heurté par quelque signe religieux que ce soit dans le même espace public, scolaire notamment. Sans omettre cette précision: la liberté religieuse lui donne le droit d’agir selon sa conscience. Situation ingérable, me direz-vous? Vous avez parfaitement raison. Des hommes aussi sensés que Platon, Cicéron, Plutarque ou Lactance le pensaient aussi dans l’Antiquité. Aussi, à leur naissance, les protestants se gardèrent bien de respecter la foi de leurs compatriotes catholiques. Prudents, ils les exilèrent et interdirent leur culte dans leurs Etats1. C’était pour eux une question de survie. Les catholiques firent de même dans les leurs, et pour la même raison: la cohabitation de plusieurs croyances dans un même espace politique est un facteur de dissolution de premier ordre. Telle est aussi la nature du droit moderne à la liberté religieuse, qui ne s’est imposé dans les sociétés modernes qu’à la faveur de la tiédeur généralisée des croyances traditionnelles, mais qui est également fort utile à des religions nouvellement établies sur les territoires régis par ce droit, ainsi qu’à l’athéisme, lequel mesure sa propre force sociale naissante en s’affirmant, comme il le fait en Valais aujourd’hui avec quelques personnalités.

Il ne faut que les ennemis déclarés de la religion agissant à l’intérieur même des structures juridiques de l’Eglise catholique pour oser enseigner le contraire, savoir que la liberté des cultes est un facteur de paix, et prétendre malhonnêtement que ce droit à la liberté religieuse découle de l’Evangile et de la saine raison2. L’histoire a montré partout que la cohabitation de plusieurs croyances religieuses divisait les Etats, le Pakistan et l’Inde dans l’ancien empire britannique pour ne prendre que cet exemple. L’époque postmoderne s’imagine échapper à cette loi en instaurant l’athéisme d’Etat, lui-même se faisant dieu. Mais cet athéisme d’Etat a un prix immédiat: l’inauthenticité désormais avouée de toute religion qui consent à ce régime, dès lors que, sous son empire et par cette soumission consentie, elle admet son propre relativisme. Les fausses religions, celles qui ne croient plus en elles-mêmes, s’en moquent. Quant aux autres, elles trouvent sous ce régime un terrain de conquête des esprits qui ne leur est provisoirement pas négligeable. Seule la vraie religion est réellement lésée par ce traitement séculier, raison pour laquelle les vrais fidèles du Christ ne peuvent se reconnaître que par leur refus catégorique d’admettre pareille injure à leur foi. Il vaut mieux, dans de telles conditions, prendre le risque d’être ignoré par la loi des hommes plutôt que de consentir à trahir la vraie foi par un lâche abandon et une soumission à des lois séculières qui les incite à la trahir, car il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.

Michel de Preux

 

1 Nos professeurs politiciens ne se sont sans doute jamais demandé pourquoi Appenzell est divisé en deux demi-cantons, ni n’ont fait le rapprochement entre l’adhésion du Pays de Vaud à la Réforme et la conquête bernoise, ou encore chez nous, en Valais, entre l’avènement de la République des Dizains en 1634 et l’influence de Berne sur le patriciat local. Inculture regrettable que celle qui ne prend pas en compte les effets sociaux de la liberté de croyance religieuse.

2 «Nous savons de saint Paul, votre maître, que la conformité d’image avec le Fils de Dieu est le titre unique de la prédestination des élus (Rom. VIII, 29)», dit dom Prosper Guéranger évoquant l’évangéliste saint Luc dans son Année liturgique. En conséquence, la conception de la dignité humaine développée dans la Déclaration Dignitatis humanae de Vatican II, et définie comme opposable à l’autorité de la Révélation divine, est formellement hérétique et, par elle-même, cause génératrice de l’athéisme d’Etat, puis des sociétés et en fin de compte d’un nombre grandissant d’individus. Cette Déclaration accrédite en effet l’idée que la religion est affaire d’opinion et doit être traitée comme telle par les collectivités politiques.

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