Tout ce que vous n’avez jamais voulu savoir sur votre avenir

Si les gens de goût chérissent le passé, les masses populaires, en revanche, sont invariablement fascinées par l’avenir. Prophètes, oracles, pythies, augures et devins ont connu des heures de gloire tout au long de l’histoire et, aujourd’hui encore, on se presse auprès des astrologues et des météorologues. Les prédictions de ces deux dernières professions, en règle générale, se limitent aux vingt-quatre ou aux quarante-huit prochaines heures. Si on veut se projeter plus loin dans l’avenir, on interroge des économistes (si on a absolument besoin d’une réponse fausse) ou des experts (si on a besoin d’une réponse très chère, tautologique, inquiétante ou incompréhensible).

Nous avons donc connu ces dernières années les experts climatiques, qui nous ont annoncé les plus épouvantables catastrophes naturelles si nous ne suivions pas le programme politique des jeun.e.s Vert.e.s décroissant.e.s. («Heureux celui qui croit sans avoir vu!»)

Nous connaissons désormais les experts de la task force de M. Berset, qui nous promettent un enfer épidémiologique pour les mois à venir et un avenir définitivement confiné et concentrationnaire, quoi que nous fassions. (Winston Churchill, qui n’avait à offrir que du sang et des larmes, n’aurait jamais été admis dans la task force avec un programme aussi modéré.)

Enfin, nous voyons aujourd’hui apparaître des experts qui nous expliquent ce que sera le monde de demain, le monde d’après, le nouveau monde. Ils nous expliquent comment nous vivrons, comment nous mangerons, comment nous dormirons, comment nous nous déplacerons et surtout comment nous travaillerons. (Cette dernière partie ne s’adresse pas aux restaurateurs et aux petits commerçants – qui demain ne travailleront plus et ne vivront que d’aumône – car les experts ignorent leur existence; eux-mêmes travaillent dans des bureaux et considèrent donc que tout le monde travaille dans un bureau.)

Parmi ces experts du monde de demain, certains nous affirment catégoriquement que les modes de travail hybrides deviendront la norme et qu’ils nous lanceront de nouveaux défis.

D’autres sont en mesure de nous révéler, parce qu’ils ont beaucoup étudié la question, que le télétravail impliquera que les employés seront moins souvent au bureau.

D’autres encore savent rester humbles et honnêtes: pour une rétribution somme toute modique, ils répondent aux questions naïves des journalistes en déclarant que les choses iront peut-être dans telle direction, ou peut-être dans telle autre, que tout dépend de tout et qu’il est difficile d’être trop affirmatif.

A tous ceux qui ont tout perdu ou vont tout perdre en raison des terreurs irrationnelles qui hantent notre société en déclin, nous ne saurions trop conseiller de se reconvertir dans le métier d’expert, qui semble promis à un bel avenir.

Pollu

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