Est-il permis de faire la guerre en temps de pandémie?

Brève et grinçante synthèse des perturbations du monde actuel.

Les populations d’Europe occidentale découvrent aujourd’hui ce qu’ont vécu les habitants de Berlin-Est en 1961, qui, en l’espace de quelques mois et sans y être préparés, s’étaient soudain retrouvés prisonniers d’un système politique qui avait pris un virage totalitaire par crainte de perdre le contrôle de la situation. Les archives montrent de nombreuses photos de ces visages incrédules, soudain coincés du mauvais côté du Mur, qui ne réalisaient pas encore que leur liberté ne leur serait rendue que vingt-huit ans plus tard. (Mais on sait aussi que la République démocratique allemande a pu compter sur de nombreux citoyens satisfaits de ce régime protecteur, prompts à dénoncer leurs voisins ou à s’engager dans la Volkspolizei pour neutraliser les esprits trop épris de liberté.)

En Suisse, l’Arbeitsgruppenführer Martin Ackermann, chef de la junte scientifique qui a pris le pouvoir depuis le départ du regretté Daniel Koch, vient de nous faire savoir avec morgue qu’il ne nous autorisera pas à retrouver la moindre parcelle de liberté au cours de ces prochains mois. Ses propos seront sans doute confirmés d’ici quelques jours par son porte-parole Alain Berset. Mais ici aussi, une partie de la population applaudit et se répand en propos vindicatifs contre les dangereux ennemis du peuple qui – ah les scélérats! – réclament de vivre normalement et librement.

Pour couronner le tout, pendant que les masses populaires s’écharpent en comptant les tests et les vaccins, on assiste de par le monde à des manœuvres militaires d’une certaine envergure, qui rendent possible (pas certain, mais possible) l’éclatement d’un conflit armé impliquant plusieurs grandes puissances. La Chine est accusée par les Etats-Unis de concentrer ses forces maritimes autour de Taïwan et des Philippines. Plus près de nous, la Russie mobilise actuellement de nombreuses troupes à proximité de la frontière ukrainienne, en réponse à des manœuvres similaires menées en Ukraine et à une résurgence des provocations et des affrontements dans le Donbass. Beaucoup de gens, dans le camp pro-russe comme dans le camp pro-occidental, s’attendent à ce qu’un conflit avec la Russie éclate dans cette région – sans savoir s’il resterait régional ou si les Etats-Unis réussiraient à y impliquer des forces de l’OTAN. En Occident, personne ne semble vraiment vouloir éviter un tel conflit et personne ne se soucie du sort des populations concernées – après tout, dans l’Est de l’Ukraine, il n’y a que des Russes, n’est-ce pas? Ah non, pardon, il ne faut pas dire ça, ce sont des Ukrainiens… Mais enfin, bon, les Ukrainiens et les Russes, c’est kif kif, non? Ah non, pardon, il ne faut pas parler comme Poutine…

Des menaces militaires, ce n’est pas la première fois qu’il y en a. Mais aujourd’hui, les populations occidentales, dirigeants compris, sont dans un état extrême de panique et de désorientation face à la crise sanitaire. L’agressivité est à son comble. Le fantasme d’un monde nouveau hante les esprits, au point de rendre moins effrayantes les destructions liées à la guerre. L’équilibre mental des uns et des autres est devenu plus fragile, et la poudre plus explosive.

Des questions nous préoccupent: est-ce que l’OMS du docteur Ghebreyesus et la Task Force du professeur Ackermann nous autorisent à faire la guerre en temps de pandémie? N’est-ce pas une activité à risque qu’il faudrait interdire pour au moins trois mois? Et si une guerre éclatait malgré tout, à quoi ressemblerait-elle? Les soldats et les civils continueraient-ils à respecter les gestes barrières, ou bien la lutte pour leur survie leur ferait-elle oublier complètement le virus?

Dans ce dernier cas, on courrait un risque: celui de découvrir ensuite que ça n’a rien changé. A Moutier, récemment, c’est la liesse populaire qui a amené la population à oublier le virus et à se réunir en masse. Les autorités admettent aujourd’hui qu’il n’y a eu aucune hausse des contaminations.

Pollux

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