Le malade des villes et l’empoisonneur des champs

C’est le grand sujet de ce printemps: les vaccins déferlent sur le monde et vont sauver l’humanité du méchant coronavirus. Certes, on n’est pas encore sûr de leur efficacité véritable, du nombre de doses nécessaires, de l’ampleur de leurs effets secondaires, tragiques dans quelques cas rares. Mais peu importe tout ça: ce sont des risques acceptables, il y a globalement plus de bénéfice que de désagréments, et puis c’est le prix à payer pour notre santé (et surtout pour notre liberté) et il faut donc continuer à faire confiance au monde scientifique et médical.

Belle et courageuse profession de foi, si on aime le monde médical et qu’on l’estime digne de confiance.

Mais alors, on se permet d’être surpris, voire légèrement irrité, en découvrant que les bourgeois-bohèmes urbains, éternellement angoissés par la pollution, par le climat, par la surpopulation, par les automobiles, par le mitage du territoire, par l’amiante, par le plomb, par les produits chimiques, par le gluten, par les microbes, par les bactéries, par les virus et par la mort, stressés, épuisés, multipsychanalisés, désormais vaccinés et re-vaccinés, et qui continuent d’enfouir piteusement leur absence de visage derrière des couches de textiles aseptisés… n’admettent pas un seul instant que les produits agricoles aient besoin, eux aussi, parfois, de protections contre des maladies.

Une substance pathogène développée à la va-vite et qu’on nous injecte dans le sang à un rythme industriel, ça, pas de problème, on assume le risque. Il le faut, parce que la maladie est partout. Mais des produits phytosanitaires destinés à prévenir les maladies des fruits, des légumes et des cultures vivrières, produits utilisés depuis des décennies – beaucoup moins aujourd’hui qu’autrefois – et présents en quantités infinitésimales dans l’alimentation d’une population qui ne cesse de vivre de plus en plus longtemps, alors ça, ça ne passe pas: le danger est trop insupportable et justifie qu’on mette au pas ces ploucs de paysans qui ne comprennent rien à rien, qui font confiance à n’importe quel laboratoire pharmaceutique et qui empoisonnent tout le monde avec leurs médications irresponsables. (On ne risque rien à l’écrire, il n’existe aucun mouvement #FarmerLivesMatter.) Heureusement que les esprits éclairés des villes vont venir leur apprendre… non, pardon, vont leur apprendre à distance comment respecter la nature où tout est naturellement bon et où aucun produit d’origine vaguement humaine ne doit pénétrer.

Car la nature naît bonne, c’est la civilisation qui la corrompt – et vous devez le croire puisque c’est la civilisation qui vous l’affirme.

Pollux

Thèmes associés: Economie - Environnement - Politique fédérale - Société

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