La tentation de vivre (presque) comme avant

PolluxLe Pamphlet n° 507 Septembre 2021

Il y a environ une année, nous commencions à vivre sous le régime du masque obligatoire dans les lieux publics. Beaucoup se sont insurgés, ont manifesté, tempêté, mais tous ont fini par se plier, parce qu’on ne peut pas éviter durablement tous les endroits soumis à cette obligation. On peut éventuellement renoncer aux transports publics, mais on ne peut pas cesser d’acheter de la nourriture. On peut éventuellement remplacer le passage en magasin par des livraisons à domicile, mais on ne peut pas déserter son emploi. Au bout d’un moment, la vie devient trop compliquée, alors on se résigne à accepter ce qu’on ne voulait pas accepter.

Aujourd’hui, nous commençons à vivre sous le régime du «passe sanitaire». Beaucoup s’insurgent, manifestent, jurent qu’ils ne se plieront pas à ce nouvel oukase. Mais comment l’éviter? Il va falloir renoncer aux restaurants, du moins à leurs espaces intérieurs; il restera les terrasses, mais la capacité d’apprécier n’importe quelle météo n’est pas donnée à tout le monde. Il faudra aussi fuir les grandes manifestations. Pour celles d’ordre privé, chacun évaluera librement le prix de ce sacrifice; mais que faire lors des manifestations professionnelles où une présence est instamment requise? On pourra être «malade» une fois, deux fois, mais ensuite? Et que feront les étudiants qui se sont inscrits dans une haute école, dès lors que celle-ci exige le «passe» pour accéder aux cours? En attendant que cette exigence s’étende peut-être aux gymnasiens…

Pour ceux qui veulent résister au doucereux cocon sanitaire dont veulent nous envelopper nos bienveillantes autorités (à la demande pressante d’une grande partie de la population), la vie va devenir vraiment compliquée. Beaucoup vont céder, soit parce qu’ils ont quand même un peu peur, soit parce qu’ils ne s’imaginent pas vivre comme des ermites, soit parce qu’ils ont besoin de gagner leur vie, surtout s’ils ont la responsabilité d’une famille ou d’une entreprise. Il n’y a pas lieu de les juger. Les autres, ceux qui refuseront de transiger et voudront continuer à vivre en accord avec leurs convictions, vont se retrouver peu nombreux et isolés. Et, chaque jour, ils seront tentés en entendant ce refrain si séduisant: «Facilitez-vous la vie! Faites taire vos scrupules et obéissez au nouveau credo, vous verrez comme c’est agréable! Vous vous y habituerez vite et ensuite on vous laissera vivre comme avant…»

Disons, presque comme avant.

Pollux

Thèmes associés: Divers - Egalité, discriminations - Ethique - Politiques diverses - Société

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