Vive le chômage des jeunes!

Dans un article paru le 17 septembre sur le canal d’information en catalan 3241, consacré aux statistiques scolaires espagnoles, j’apprends que l’Espagne est le cancre de la classe européenne avec un pourcentage de redoublants parmi les jeunes de 12 à 15 ans bien au-dessus de la moyenne.

Durant la première partie de la scolarité secondaire en 2018-2019, 8,7% des enfants ont doublé leur année, contre 1,9% dans l’OCDE et 2,2% dans l’Union européenne (UE).

Suivent des chiffres que le journaliste semble trouver positifs sur l’augmentation du pourcentage de personnes ayant une formation secondaire supérieure (39,7%), chiffre qui dépasse pour la première fois en Espagne celui de ceux n’ayant qu’une formation «basique» (37,1%).

Le taux d’étudiants qui obtiennent le baccalauréat est de 74,7%, contre 80,6% dans l’UE, et la proportion de jeunes qui n’étudient ni ne travaillent est de 22% contre 16,1% en Europe.

Et l’article de conclure que le chômage des jeunes est élevé en général, bien qu’un peu moins chez ceux qui sortent d’études supérieures.

Comme j’aime à le dire, il y a de nombreuses manières de lire les statistiques et chacun peut faire dire à de mêmes chiffres ce qui lui chante. La lecture du journaliste de service est limpide: il faut faire en sorte que les enfants ne doublent pas, qu’un maximum d’entre eux accèdent aux études supérieures et en sortent avec leur diplôme en poche.

Or on peut lire les choses dans un sens totalement opposé: si le chômage des jeunes est si élevé en Espagne, c’est qu’ils ne possèdent pas les connaissances nécessaires pour trouver du travail. L’économie n’a pas besoin de pléthores d’avocats, d’armées d’historiens de l’art et de philosophes, ni même d’économistes. Elle a un urgent besoin d’électriciens, d’infirmières, de bouchers, de maçons et d’informaticiens2. Or ce n’est pas sur les bancs de l’université que l’on forme à tous ces métiers, mais dans les écoles professionnelles et dans les entreprises.

On me rétorquera à juste titre que les aspirations des individus doivent être prises en compte et qu’on ne peut forcer un adolescent à suivre une formation professionnelle s’il rêve de devenir un ténor du barreau. Certes, mais il y a lieu de repenser la façon dont on présente les choses.

Depuis les années 1970, l’enjeu de l’éducation semble avoir été uniquement l’élévation dans l’échelle sociale par l’accès à l’université.  On se retrouve donc aujourd’hui avec des dizaines de nouveaux diplômés universitaires qui ne trouvent pas de travail, ou à des postes n’ayant rien à voir avec leurs études, et, en Suisse en tout cas, une telle pénurie d’infirmières que nous devons aller les chercher chez nos voisins européens. Je ne parle pas de métiers physiquement pénibles qui ne sont plus guère exercés que par des ressortissants de pays situés bien plus au sud.

Or, à notre époque où la communication est devenue, si ce n’est un art, du moins une science, il devrait être possible de valoriser l’image de ces filières professionnelles, qui transmettent un savoir-faire magnifique, de montrer aux écoliers la satisfaction d’un travail bien fait, les débouchés possibles vers des formations complémentaires et, finalement, la possibilité de devenir son propre patron.

La Suisse, avec son système dual, est dans une bien meilleure situation que ses voisins. Ne commettons pas l’erreur trop fréquente de vouloir copier ce qui se fait ailleurs et développons fièrement ce système que le monde nous envie, loin des dogmes égalitaristes de l’élève au centre!

Michel Paschoud

 

1 https://www.ccma.cat/324/espanya-es-el-pais-amb-mes-repetidors-a-leso-de-tota-locde-quadruplica-la-mitjana/noticia/3118714/

2 Le lecteur fera lui-même les changements de genres qu’il jugera opportuns.

Thèmes associés: Ecole - Economie

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