Les bons changements et les mauvais changements

Plus notre société s’enfonce dans une forme de folie collective, plus les individus qui veulent simplement continuer de vivre comme avant sont considérés comme de dangereux déviants. Tout doit changer, tous doivent changer.

Ceux qui refusent de s’agenouiller là où on leur dit de s’agenouiller, de courber l’échine là où on leur dit de courber l’échine, de saluer le chapeau qu’on leur dit de saluer, sont sans doute promis, à terme, à une retraite très anticipée dans quelque lointaine léproserie. Mais nous n’en sommes pas encore là: à l’heure actuelle, nous sommes dans une phase de persuasion des indécis. On leur laisse une dernière chance de céder, de rentrer dans le rang. On veut les convaincre que Big Toubib ne veut que leur bien et qu’ils doivent l’aimer.

Donc, on tente de nous rassurer: le bouleversement brutal de notre existence, aujourd’hui, n’est qu’un changement parmi d’autres; notre vie est faite de changements permanents et il est normal que nous nous y adaptions; nous devons être raisonnables car nous savons bien que nous ne pouvons pas échapper aux changements de la société; sans ceux-ci, nous vivrions encore comme au Moyen-Age…

Nous ne nous attarderons pas sur cette dernière évidence et sur son caractère peut-être regrettable. Nous pouvons tout de même admettre que certains changements sont incontournables, voire utiles, parfois agréables. Le développement des transports, des communications et de l’informatique nous a ouvert des horizons fascinants qu’il serait absurde de combattre – même si les individus médiocres en font souvent un usage médiocre. Mais ces changements positifs se sont imposés précisément parce qu’ils ouvraient de nouveaux horizons en termes de liberté et de créativité. Ils se sont imposés d’eux-mêmes, sans que les pouvoirs publics aient besoin d’envoyer leurs milices ou leurs spin doctors pour convaincre les hésitants, de gré ou de force. Et ceux qui préfèrent se passer d’ordinateur, d’ordiphone ou d’aspirateur, ne pas équiper leur voiture d’un système de localisation satellitaire, voire s’éclairer à la bougie, restent libres de leurs choix.

Les changements auxquels on nous demande de nous soumettre aujourd’hui sont des contraintes, des limitations ou des privations de liberté. Ils ne peuvent éveiller aucun enthousiasme chez les individus sains d’esprit. Ils suscitent au contraire maintes contestations et résistances, aussitôt jugées intolérables par les autorités politiques ou morales. Surtout, ces changements ne visent pas à améliorer notre qualité de vie, mais seulement à répondre aux grandes angoisses de l’Occident moderne (cessons de vivre, de peur de mourir!), ou à satisfaire les animosités aigries et les conflits sociaux prônés par les idéologies à la mode (pourrissons la vie des vilains capitalistes! des automobilistes individualistes! des hommes blancs cisgenres! des résistants aux dérives sanitaires! etc.).

Il y a quelques décennies, dans un monde mille fois plus libre que maintenant, certains ont combattu l’obligation faite aux conducteurs de véhicules d’attacher leur ceinture de sécurité, parce qu’ils pressentaient que l’obsession sécuritaire ne nous apporterait pas le bonheur. Ils n’ont pas eu gain de cause. Les récalcitrants ont été assaillis de contraventions (que la répression était douce, à cette époque!) et, aujourd’hui, après que l’obligation a été étendue à tous les passagers de n’importe quel véhicule, tout le monde s’y est habitué et tout le monde la boucle. Il y a davantage de monde chez les psychologues, mais moins de morts sur les routes.

On peut donc imaginer que, d’ici quelques années ou quelques mois, face à la menace de se voir privé de toute vie sociale, voire de toute vie professionnelle, et aussi de tout moyen d’expression ou de locomotion, chacun trouvera «normal» de se faire injecter du sérum de docilité trois ou quatre fois par année, de «s’exprimer» exclusivement en langage inclusif, et d’abandonner sa voiture pour ne se déplacer que dans des transports en commun multiculturels, sur des itinéraires étroitement balisés par des experts.

Si la population est ainsi prête à s’y soumettre, ces changements ne pourront pas être stoppés, du moins pas avant une ou deux générations, jusqu’à ce que, face aux exactions qui se seront produites, le désir de liberté regagne les esprits. Mais ce pessimisme ne doit pas nous empêcher de constater, dès à présent, que ces changements présentent toutes les caractéristiques de changements malsains et nuisibles.

Pollux

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