Editorial

A peine l’initiative «Pour des soins infirmiers forts» était-elle acceptée que le Conseil fédéral promettait de travailler à sa mise en œuvre sans délai. «Le Parlement sera impliqué», aurait promis Alain Berset, chef du Département de l’intérieur.

Etrange déclaration: la chose ne va-t-elle pas de soi? Les Chambres fédérales ne sont-elles pas responsables d’examiner et adopter les lois qui régissent la vie de ce pays, quels qu’en soient les rédacteurs? On a un peu l’impression que le Conseil fédéral, ou à tout le moins Alain Berset, a pris goût au pouvoir qu’il doit à la pandémie.

Il n’est d’ailleurs pas le seul exécutif qui se croit roi au détriment d’un organe législatif.

Le 6 novembre, à la fin du Synode de l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, dix délégués ont, via une interpellation, tiré les oreilles du Conseil synodal pour avoir distribué aux entreprises de pompes funèbres un prospectus portant la mention «Cérémonie d’adieu pour toutes et tous» et dépourvu de toute référence religieuse, ce qui en faisait une offre pour des services funèbres laïcs dans les lieux de culte. Or, lors de sa précédente séance, le Synode avait refusé d’envisager des cérémonies de ce genre – sous réserve de quelques exceptions à régler au cas par cas par les pasteurs et telle ou telle famille1.

Il semble que le Conseil synodal ait été tout surpris de cette réaction.

Nous voici donc avec un «gouvernement» qui, non content d’ignorer superbement la décision de son «parlement», ne comprend pas ou feint de ne pas comprendre la gravité de son initiative face, non seulement au Synode, mais aussi, par ricochet, aux protestants du canton.

Le conseiller synodal Laurent Zumstein, notamment, explique que «cette offre ne veut pas remplacer les cérémonies traditionnelles, pour lesquelles existe d’ailleurs un autre flyer».

On aurait donc deux types de cérémonies funèbres dans les églises: les cérémonies traditionnelles, qu’on n’ose plus, apparemment, qualifier de religieuses, et les cérémonies profanes tout aussi importantes et nécessaires.

De son côté, le vice-président du Conseil synodal, Vincent Guyaz, estime qu’«on est de toute manière au centre de l’Evangile quand on est dans la consolation».

«Des kilos de mots!», se serait exclamé Claude Paschoud. De fait, avec ce genre de raisonnement, on considère que l’athée le plus endurci est au centre de l’Evangile quand il s’efforce – la compassion n’étant pas l’apanage des seuls chrétiens – de consoler un proche, voire un inconnu, plongé dans le désespoir.

L’Eglise vaudoise est entrée dans l’ère du religieusement correct, ouvert à tout vent de doctrine. Que ses responsables préfèrent distribuer des flyers plutôt que des prospectus ou des papillons, que le langage inclusif ait fait son entrée dans ses communications en sont le signe. La réaction de M. Guyaz en est un autre: il suffit de mettre l’Evangile à toutes les sauces, dans un syncrétisme béat, et le tour est joué.

Il est heureux qu’il se soit trouvé dix délégués au Synode pour réagir – vainement, hélas, autant que je sache. Il est consternant qu’il s’en soit trouvé septante-sept pour ne pas s’indigner de l’abus de pouvoir du Conseil synodal.

Mariette Paschoud

 

1 https://www.24heures.ch/leglise-doit-elle-toujours-convier-dieu-aux-enterrements-217845660053, ainsi que Réformés de décembre 2021 – janvier 2022.

Thèmes associés: Politique fédérale - Religion

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