Grand tapage, petites révélations

PolluxLe Pamphlet n° 400 Décembre 2010
Il a été question ici même, il y a un mois, de l'organisation WikiLeaks et de son très médiatique animateur, Julian Assange. C'était avant que cette nébuleuse de pirates contestataires ne décide de rendre publique une impressionnante quantité de notes diplomatiques, opération qui a propulsé WikiLeaks à ce qui sera peut-être le sommet de sa gloire. Les journaux, les radios, les télévisions ne parlent que de cela. C'est le thème numéro un de tous les commentateurs, qui divergent pourtant aujourd'hui sur l'attitude à avoir face à de tels comportements: tandis que les uns continuent à y voir une transparence bénéfique, un acte moral, une forme de vigilance citoyenne face aux turpitudes de la raison d'Etat, beaucoup d'autres condamnent désormais cet étalage public de secrets politiques.

Secrets? Là est toute la question. Qu'a-t-on appris de nouveau dans ces notes diplomatiques, sinon que les Américains n'aiment pas les Russes, que les Russes n'aiment pas les Américains, que tout le monde rigole des Français et de leur petit président, que Berlusconi se comporte comme un gros macho un peu fruste, que Kadhafi passe pour un potentat caricatural et ridicule, et que quasiment personne, dans les ambassades, ne s'intéresse à ce qui se passe en Suisse?

La nécessité de respecter et de préserver la «vie privée» d'un Etat, au même titre qu'on respecte et préserve celle des individus, est une évidence qui n'a pas à être discutée ici. Mais en l'occurrence – et comme c'est souvent le cas lorsqu'on met le nez dans la vie privée des autres –, l'avalanche de «révélations» effrontément diffusées par WikiLeaks et savamment émulsifiées chaque jour par les médias ne nous a strictement rien appris que nous ne sachions déjà.

Et si nous savions déjà tout cela, c'est tout simplement parce que nous le lisons et l'entendons chaque jour dans la presse et les médias! Voilà qui jette peut-être une ombre sur le noble travail des diplomates: se pourrait-il que, pressés par leur hiérarchie de fournir régulièrement des rapports sur leurs observations, ils se contentent la plupart du temps de reproduire négligemment les principaux lieux communs ressassés dans les journaux?

Bien sûr, on peut imaginer que WikiLeaks, vaguement conscient de sa responsabilité, a renoncé à publier d'autres notes au contenu plus substantiel et s'est contenté de diffuser les plus convenues et les plus inoffensives – cela suffisant bien assez au but recherché: affoler les cénacles politiques et focaliser l'attention de l'opinion publique. Tout de même, toute cette affaire risque de laisser, comme principale conséquence, une image plutôt ridicule du niveau des communications diplomatiques.

Pollux

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