Editorial
Le 14 juin prochain, les citoyens vaudois auront à se prononcer sur l’introduction du salaire minimum cantonal, sur l’initiative de l’UDC «Pas de Suisse à 10 millions!» et sur la modification de la loi fédérale sur le service civil. Ce dernier point sera traité dans un article séparé de ce numéro.
Concernant l’introduction d’un salaire minimum cantonal, les Vaudois se retrouveront face à un bulletin de vote comprenant quatre lignes. En effet, l’initiative populaire de la gauche «Pour le droit de vivre dignement de son travail – pour un salaire minimum cantonal» comprend deux modules: une modification de la Constitution cantonale pour ancrer le principe et une loi d’application. La troisième ligne est celle du contre-projet que le Gouvernement vaudois a décidé de présenter. Finalement vient la question subsidiaire permettant de choisir de deux maux lequel est préférable.
Le fait que certaines personnes ne parviennent pas à vivre dignement des revenus de leur travail est un problème réel et il est normal de lutter contre les abus et l’exploitation. Mais, depuis plus de cent ans, de nombreux secteurs de l’économie, en Suisse, ont négocié les conditions du partenariat social au moyen de conventions collectives de travail passées entre les représentants des employés et des employeurs. Ce système original a permis à l’économie de notre pays de maintenir une haute productivité en comparaison internationale et un niveau élevé de satisfaction des salariés quant à leur situation. Il reste néanmoins des laissés-pour-compte, travailleurs peu qualifiés dont la productivité est basse ou qui assument des tâches à faible valeur ajoutée, dont l’heure de travail ne peut être bien rémunérée. Car une entreprise ne crée un emploi que dans la mesure où le coût en sera moindre que le bénéfice attendu. Il existe ainsi quantité de petits jobs relativement mal payés, mais qui ne demandent que deux bras et deux jambes et sont une aubaine pour les étudiants et les personnes sans qualification.
Le salaire minimum est une mauvaise idée en soi, par quelque bout qu’on le prenne, car soit il est élevé et il détruit les emplois qui ne sont plus rentables, soit il est bas et il ne sert à rien. De plus, il présente l’inconvénient de fixer un standard auquel l’employeur peut se référer et provoque un nivellement des salaires par le bas. La fixation du revenu de l’employé est une affaire privée qui doit être réglée entre l’employeur et le salarié, en fonction de la branche, des compétences et de l’expérience. Nous voterons NON tant à l’initiative qu’au contre-projet, avec une préférence pour ce dernier en cas de double acceptation, car il respecte la primauté des conventions collectives.
Passons maintenant à la néfaste initiative populaire de l’UDC. Fixer de façon arbitraire une limite démographique est une mauvaise réponse à un problème réel. La population augmente en Suisse et dans le reste du monde occidental plus vite que ne se développent les infrastructures nécessaires. La faible natalité fait que les économies développées importent les forces de travail dont elles ont besoin, soit des pays limitrophes, dans notre cas l’Union européenne (UE) généralement pour la main-d’œuvre qualifiée, soit de pays plus lointains pour les tâches pénibles demandant moins de connaissances et plus de force physique. En dehors des questions culturelles et religieuses, qui ne nous occupent pas aujourd’hui, il n’y a pas grand-chose à redire. Le problème vient de ce que cet afflux de gens implique des logements, des places de crèches, des classes, des lits d’hôpitaux, des cellules de prison, des routes plus larges et, en résumé, tout ce dont a besoin une population plus nombreuse. Or si l’on admet que l’on dispose de suffisamment de terrains à bâtir pour absorber ce volume et qu’une population plus nombreuse qui travaille devrait impliquer des recettes fiscales supérieures, il s’agit avant tout de gérer les ressources pour répondre aux besoins. D’aucuns diront que le problème vient de l’immigration non productive, à savoir les réfugiés, le regroupement familial et les délinquants. Il est vrai que des plus de 200’000 arrivées en Suisse en 2024 la moitié seulement se composait de personnes disposant d’un contrat de travail, le reste se répartissant entre regroupement familial (25%), éducation (10%), procédures d’asile (7%) et autres motifs pour le surplus1. Mais une donnée intéressante à prendre en compte est que l’immigration de travailleurs engagés par des entreprises suisses vient en très grande majorité des pays de l’UE, et que mettre en danger nos accords avec nos partenaires européens en fourrant tout le monde dans le même panier serait faire preuve d’un inopportun manque de discernement. S’il faut prendre des mesures pour réguler l’immigration venant des pays en voie de développement, ce n’est pas à coups de massue qu’il faut agir mais bien au moyen du bistouri de la diplomatie et de la négociation. Ça sera un NON convaincu à l’initiative électoraliste de l’UDC.
Michel Paschoud
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