Editorial

Chassez le diable par la porte, il rentre par la fenêtre.

En 1978, le peuple et les cantons refusaient la création de la police fédérale de sécurité chère au conseiller fédéral Kurt Furgler alors chef du Département de justice et police.

En 2002, les Chambres fédérales rejetaient un projet du même tabac proposé par la conseillère fédérale Ruth Metzler, chef du même département.

Ces projets prévoyaient des effectifs importants chargés de tâches qui pouvaient et devaient être assurées par la collaboration des polices cantonales, avec l'aide subsidiaire, et d'ailleurs contestable, de l'armée, lors d'événements comme le G8 ou le Forum de Davos. On n'avait pas besoin d'un échelon supplémentaire, mais nos «ministres» se sentaient frustrés dans leur ego de superflics fédéraux.

Quatorze, c'est le nombre des membres de Tigris, troupe (!) d'intervention de la police judiciaire fédérale, «créée et entraînée à l'insu du large public»1, c'est-à-dire derrière notre dos de «peuple souverain» et celui, ainsi qu'on l'apprenait le 21 mars2, de «nombreux politiciens fédéraux», qui sont très fâchés d'avoir appris par la presse l'existence de la nouvelle «troupe de choc».

Ignorance réelle ou gesticulation destinée à calmer les esprits?L'actuel chef du Département fédéral de justice et police a ordonné une enquête sur les activités de Tigris. Est-ce à dire que l'Office fédéral de la police (fedpol) et le Ministère public de la Confédération, qui ordonnent les interventions, sont des électrons libres?

Quatorze, ce n'est pas beaucoup. Ce n'est en tout cas pas suffisant pour assurer la sécurité d'un machin international. De plus, cette nouvelle troupe fédérale ne se baptise pas police de sécurité, mais unité d'intervention rapide de la police judiciaire fédérale. D'ailleurs, «lorsque son engagement est demandé par un canton, les lois cantonales s'appliquent. Dans ce cas, l'intervention se déroule toujours avec l'accord des autorités cantonales». Le fédéralisme à la sauce fedpol est donc sauf.

Fort bien! Mais que se passe-t-il lorsque l'intervention «tigresque» n'est pas demandée par un canton?

La police judiciaire fédérale intervient lors de délits dont la compétence incombe à la Confédération: grande criminalité transfrontalière, terrorisme, espionnage, tous délits dont fut apparemment soupçonnée notre «feuille de chou d'extrême droite» en 1973, quand nous nous permîmes d'attribuer au conseiller fédéral Rudolf Gnägi un «Prix Cornichon» amplement mérité: deux agents fédéraux firent leur apparition à Lausanne.

La police fédérale a donc du temps à perdre, et on peut douter que quatorze intervenants rapides, entraînés en cachette, améliorent son efficacité.

Si Mme Widmer ignorait vraiment ce qui se concoctait dans son département, il faut qu'elle retourne à ses fourneaux dans les plus brefs délais. Mais nous n'en croyons rien. Nous pensons plutôt que la Berne fédérale veut toujours sa police de sécurité mais a modifié sa tactique, et prévoyait de l'introduire progressivement, en toute discrétion.

La fedpol nous l'annonce impudemment, d'ailleurs, maintenant que le pot aux roses est découvert: «Il n'est pas prévu d'augmenter les effectifs de la troupe d'intervention, à moins que de nouvelles tâches ne lui incombent.»

Gageons que ces nouvelles tâches sont à la porte.

NOTES:

1) Communiqué ats du 19 mars.

2) Autre communiqué ats.

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