Crimée: comme c'est étrange!

Il n'y a pas si longtemps, les habitants du Kosovo, berceau de la nation serbe, mais majoritairement peuplé d'immigrés albanais, ont opté pour la sécession et l'indépendance, au mépris du droit international mais aux applaudissements de la presse et de tous les benêts qui n'ont pas manqué d'invoquer le sacro-saint droit des peuples à disposer d'eux-mêmes.

Je n'ai pas le souvenir d'avoir entendu, à cette occasion, les Américains ni les membres de l'Union européenne s'indigner, menacer le Kosovo impertinent de sanctions économiques ou militaires, ni rappeler que l'intégralité du territoire serbe était garantie par des traités internationaux dont les puissances susnommées étaient les garantes.

L'inénarrable Bernard-Henri Lévy, sorte de clown médiatique boutefeu belliciste universel, était resté muet, une fois n'est pas coutume.

Mais voici que, dans des circonstances non pas semblables mais comparables, la Crimée, territoire russe depuis des siècles mais rattaché artificiellement à l'Ukraine il y a une soixantaine d'années, manifeste sa volonté de rejoindre la mère-patrie et se prononce démocratiquement dans ce sens, ce week-end,  à une majorité d'autant plus écrasante que les adversaires de cette sécession, sachant que leur point de vue n'avait aucune chance de triompher, s'étaient abstenus.

Changement d'attitude de la «communauté internationale» par quoi il faut entendre les Américains et leurs valets européens en gilet rayé: le référendum organisé en Crimée était illégal. La sécession de la Crimée viole l'intégrité territoriale de l'Ukraine. Il n'est plus question du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes ni de respect de la volonté démocratique.

Les rodomontades de la diplomatie américaine seront cette fois inutiles, car M. Poutine ne peut pas laisser la Crimée tomber dans le giron de l'OTAN. Il serait dès lors sage que les puissances occidentales mettent en veilleuse leurs protestations et cessent d'agiter leurs petits poings puisque chacun sait que cette agitation ne peut avoir qu'un seul effet: confirmer aux putschistes d'Ukraine que leur prise du pouvoir était légitime, que les puissances occidentales les approuvent et seraient prêtes, le cas échéant, à voler à leur secours.

 Est-ce que ceux qui ne voulaient pas mourir pour Danzig seraient disposés à mourir pour Kiev ou pour Sébastopol ? Qu'ils prennent garde aux risques qu'ils font courir à l'Occident tout entier. Dans quelques jours, M. Poutine pourra proclamer, comme le général Mac Mahon à Malakoff: «J'y suis, j'y reste!» et ceux qui voudront l'en déloger prendront la responsabilité de la 3e guerre!

Claude Paschoud

Source: www.claude-paschoud.ch/blog/

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