En direct de Sirius

Pour en finir – enfin! – avec le Six Juin?

En a-t-il fallu des simagrées pour occulter la rage des vrais peuples aux élections «européennes» et pour masquer les déconvenues de Syrie et d'Ukraine! La soixante-neuvième Saint Six-Juin tombait à point nommé pour sidérer des ouailles qui commençaient à présenter des signes d'insoumission. Comme jadis, on n'avait pas lésiné sur les moyens. Sur les télés, dès la nuit tombée, la France subissait des bobardements massifs – en technicolor ou colorisés – pour expliquer une fois pour toutes, avec pédagogie, où naquit le Bien. Sur le terrain, des micros-trottoirs happaient des chers petits qui se détournaient à peine de leurs consoles pour débiter des ânonneries sur «le jour où queheuh Hitlèreheuh il a perdu la guèreuh'?». Quarant'quat', ils savaient plus très bien si ça suivait Quatorze ou s'il n'y aurait pas des fois Versailles entre. Ça sonnait vague, mais c'était pas si grave; ils venaient d'un peu partout pour être au bon air de la mer. A l'arrière-plan, le pépé et les parents souriaient gentiment; un peu déçus de ne pas dire bonjour à la caméra. Le Figaro Magazine avait choisi d'exhumer une presque douzaine de revenus intacts qu'ils avaient contraints d'endosser des répliques repassées de leurs tenues d'alors. C'était beau comme le musée Grévin. Bien sûr, il avait fallu reprendre dans le dos avec des épingles et en étayer quelques-uns. Mais ces survivants d'une pièce avaient l'air si contents d'endosser à nouveau leurs habits de casse-pipe. De Gaulle avait raison: la vieillesse est un naufrage. Et Madame de la Bastide – qui s'y connaît en courage – me souffla: «Ceux-là, c'est surtout ceux qui se sont couchés très vite… Les autres ne sont pas revenus.» Pour faire bon poids, on rameuta un gentil Allemand. Au pont de Bénouville, il avait lâché une fusée et s'était esbigné en y gardant la vie; les grenades au phosphore des commandos des planeurs firent un sort à ses camarades. La veille du 6, le Hollandissime monta aux excès de table pour déjeuner avec la reine Elizabeth, dîner avec Obama puis souper avec Poutine – les deux derniers ne pouvant momentanément pas se voir. Et en dépit de ses 88 (aïe!) ans, Sa Gracieuse Majesté fut tout de même admise aux «festivités» du lendemain. Ma'ame Merkel aussi était venue… pour faire vaincue. Le show 2014 de l'invasion (si-si!: …of combined allied forces) menée à bien septante ans plus tôt par les Anglo-Américains – admise aussi comme telle par la Wehrmacht, chez qui «débarquement» se prononçait pareillement «Invasion Front» – fut donc festif et convivial. Burlesque aussi, lorsque le chef des armées succéda au président américain derrière un pupitre sans artifice compensatoire… En contreplongée, la paire d'énormes micros blancs qui lui masquait les carreaux des bajoues aux sourcils lui donna une touche à décorer la soute d'une forteresse volante: Mickey au front!

Comme il est trop tôt pour laisser reposer les sacrifiés, je vous parle, à mon tour, d'un héros d'Omaha.

Miaulant, sifflant, chuintant, les projectiles divers croisaient avec grâce leurs trajectoires. En y ajoutant les avions d'attaque au sol et les bombardiers tout en haut, l'air était presque solide au-dessus du soldat. Derrière sa mitrailleuse, il tirait sous l'orage de ferrailles qui lui voulaient du mal. Avec cette envie sourde de demander qu'il y en eût un peu pour les autres, aussi, car le 23, il espérait bien entrer dans sa vingt-deuxième année. Il ne s'interrompait que pour changer de bande ou permuter les tubes. Autour de lui, comme en face, l'élément humain fondait au gré des projectiles. Mais pour les munitions, ça allait bien. La densité de feu qu'il avait à subir était inimaginable, rendant surréaliste l'idée même de désobéir. En dix heures de feu soutenu, alternant entre sa mitrailleuse et son fusil, le mitrailleur finit par épuiser ses 12 500 coups. Les âmes de ses tubes étaient lisses depuis longtemps, ce qui, à courte portée, avait rendu les blessures plus redoutables encore. Mais le caporal Heinz Severloh1, avait tenu le WN 62; le dernier point d'appui à tomber à Omaha. Puis il décrocha et survécut à la guerre. «Vous dites?... Pas le bon héros? Oh!? Pardon…»

Aime faire les courses quand il fait beau…

…Je croise sur mon chemin des flopées de petits lapins qui courent, qui courent… Ceux de mon âge sont souvent en bandes (de soutien réciproque?). Je souhaite le bonjour à leur chef de file. «Bonjour» me répond-il entre deux ahanements, jetant un œil inquiet à son ordinateur de poignet qui lui confirme que sa tension et son rythme cardiaque sont encore loin du rouge critique. J'observe tous ces visages de souffrance heureuse, leurs yeux voilés éperdus de bonheur physique. Quelques mètres plus loin, je croise, à l'occasion, l'un de ces sexagénaires qui s'est arrêté pour vomir… Lorsque parfois il choit – ce qui est assez rare car leur centre de gravité est en général au niveau des jumeaux –, sa tête sur le bitume rend un bruit de coque vide – ce qui est normal car son cortex, à force d'ébranlements, est descendu dans ses chaussettes. Je continue mon chemin, le laissant décéder de la mort qu'il s'est choisie, heureux, les naïkes en l'air, abandonné de Nikè. Il m'arrive aussi, à l'occasion, de faire place à un trio de jeunes filles sautillantes, i-podisées, que pour rien au monde je ne voudrais disloquer… elles ont tout leur avenir devant elles pour ça. Quand la jeune fille est seule et jolie, je lui souhaite également le bonjour, rien que pour l'entendre ne pas me répondre, car, par réflexe, elle craint l'intérêt que je pourrais porter à son genre. Et puisque nous voilà au genre, j'ignore volontiers les petits gays, parce que je leur trouve… mauvais genre. Mon voisin un peu plus âgé monte au pas, en danseuse macabre – mais à vélo de course – le raidillon final, parvenant in extremis à ne pas se répandre en route, et gravit, jambes flageolantes, les derniers mètres jusqu'au seuil salvateur de chez lui. Et me voilà, commissions faites, rendu à mon havre de paix. J'ai acheté des pommes parce que «une par jour tient le médecin à distance»... «surtout si vous visez bien», aurait précisé Churchill dans un de ses trop rares moments de sobriété.

Max l'Impertinent

NOTES:

Helmut Konrad von Keusgen: Point d'appui WN 62 – Omaha Beach, ISBN 2-84048-196-0, pp. 85-119.

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