Chronique de France

J'aime bien ouïr France Culture. Les gens qui causent dans le poste sont très, très polis, avec une grosse langue de bois. Le plus comique d'entre eux, c'est l'écolier Brice Couturier et ses chroniques hilarantes. On imagine le gus, très concentré, en train de lire son petit papier chaque matin, content de livrer la vérité toute nue à ses fidèles auditeurs. Avec ce virtuose du courant d'air dans les portes ouvertes, pas de doute, le citoyen élève sa pensée vers une vérité plus haute, comme Lamennais, du moins le croit-il. Et à la fin de sa bafouille, son copain le remercie bien. 18/20, mon Brice, tu as bien travaillé!

L'autre jour, le bougon Mélenchon lui a sifflé dans les oreilles certaines banderilles qui ont perforé son cortex. Et là, badaboum! Le premier de la classe a perdu tous ses moyens: «Non, non, trois fois non, ce que vous dites n'est pas au programme de la bonne pensitude. Je refuse de parler à un trublion.» En colère, le teint tout vermillon, Brice de Paris a quitté la scène, stop! Bon, c'est vrai, un histrion monté sur ressorts, ça déstabilise, mais quand même, fuir un plateau radio devant un ex-socialiste revêtu de l'uniforme cosaque, ce n'est pas glorieux. Alphonse Allais, le bougre, résume bien la situation quand il dit: «Les intellectuels parlent toujours avec beaucoup d'affection du peuple, mais ils ne veulent pas voir sa gueule.» Vous me direz que Mélenchon n'est pas le peuple à lui tout seul. C'est certain, mais il l'interprète très honorablement, je dirai même avec beaucoup de conviction.

Mon boucher salarié (non halal) de la rue des Arènes gallo-romaines me le répète depuis vingt ans: «Faut écouter ceux qui travaillent.» Et il a raison! Alors, mon Brice, tu ne voudrais pas faire un tour chez mon boucher salarié? Ce brave garçon, travailleur comme on n'en fait plus, va t'expliquer:

1. que ses heures supplémentaires ne sont plus payées;

2. qu'il sera propriétaire dans vingt ans d'un petit pavillon, payé trois fois à sa banque et à l'Etat;

3. que sa mirifique retraite l'obligera a vendre ledit pavillon pour louer un studio meublé dans une banlieue où de gentils animateurs de quartier lui expliqueront tou s les bienfaits d'une entente harmonieuse avec les exclus de la société marchande;
4. que les impôts directs locaux vont bientôt le chasser définitivement de la ville qui l'a vu naître.
Elle est pas belle la vie tintin?

Franck Peyrot

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