Nation et indépendance, le catalanisme en question (3)

Le bref résumé de situation qui a été brossé dans les deux derniers numéros ayant pour objectif de replacer le catalanisme dans son contexte, passons à l’interprétation.

La principale difficulté à laquelle se heurtent ceux qui désirent obtenir leur indépendance réside dans le vide juridique qui entoure la notion de droit à l’autodétermination ou droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce principe, qui prend naissance à la fin de la première guerre mondiale et est réaffirmé à l’article 1 alinéa 2 de la Charte des Nations unies de 1945, est vidé d’une partie de sa substance pour deux raisons: la première est le flou qui entoure la définition de ce qu’est un peuple et la deuxième réside dans le principe supérieur  de l’intégrité du territoire, qui limite celui de l’autodétermination. En lui-même donc, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes est une coquille vide, déclaration d’intention destinée principalement à permettre aux anciennes colonies de s’émanciper, mais surtout pas à favoriser les velléités sécessionnistes.

Ne pouvant s’appuyer sur des principes juridiques solides, les indépendantistes doivent se rabattre sur un combat essentiellement politique, hasardeux et compliqué s’il en est, surtout dans un système de démocratie parlementaire. Dans le cas qui nous occupe, le gouvernement  catalan joue avant tout la carte démocratique, arguant que, en tant que représentant du peuple catalan, il remplit le mandat confié par la rue, lors des manifestions des dernière diades1, en cherchant par tous les moyens à obtenir le droit à un référendum sur le droit à l’autodétermination. Notez bien qu’on ne parle pas de déclaration d’indépendance, uniquement de la possibilité de poser la question aux habitants comme cela fut fait en Ecosse l’année dernière. Les Catalans veulent s’exprimer dans les urnes. Pour ce faire, le parlement catalan vote des lois qui lui permettent de convoquer un référendum, lois qui sont attaquées devant le tribunal constitutionnel qui les annule. On répond par les tribunaux aux aspirations politiques, le dialogue est impossible car il ne se situe pas sur le même niveau.

Qu’en est-il du point de vue du gouvernement central? Comme il se doit, il se pose en garant de l’unité de l’Espagne et n’entre pas en matière sur une éventuelle négociation. Cette attitude qui, bien que particulièrement mal perçue en Catalogne et contribuant probablement à la montée de l’indépendantisme radical ces dernières années, pourrait en réalité se révéler une habile stratégie de la part de Mariano Rajoy et de ses collègues. En effet, lorsqu’en 2011 le Parti populaire gagne les élections générales et la majorité absolue au parlement espagnol, le pays se trouve virtuellement en faillite et les mesures à prendre pour relever la barre seront douloureuses. Les circonstances sont donc favorables à la croissance de l’indépendantisme, qui se nourrit, entre autres,  de l’espoir qu’un changement radical apporte une amélioration de la situation. Le seul recours qui restait donc au nouveau chef du Gouvernement était de faire la sourde oreille en attendant que passe la tourmente économique et que le ciel se dégage, ce qui est en train de se passer. Or il est probable que cette stratégie porte ses fruits, les derniers sondages montrant un léger essoufflement du sentiment indépendantiste; le peuple ne fait pas la révolution lorsque la soupe est servie.

Quelles perspectives pour les années à venir? Quoi qu’il arrive maintenant, la Catalogne continuera à revendiquer plus d’autonomie et de compétences, comme le font un certain nombre d’autres communautés autonomes, ce qui pourrait amener un changement important dans l’organisation de l’Etat espagnol. Lorsque le gouvernement catalan de CiU2 décida de prendre le train de l’indépendantisme après la diada de 2012, le parti socialiste de Catalogne (PSC) sortit de son chapeau une proposition fédéraliste qui ne convainquit personne. Le parti, qui est directement affilié au Parti socialiste espagnol (PSOE) et venait de perdre les élections autonomiques, semblait chercher une façon de ménager la chèvre et le chou, démontrant son souci des intérêts des Catalans, sans froisser la maison mère. A ce moment-là, la proposition tombait à plat et les esprits échauffés ne pouvaient se contenter d’une demi-mesure. Mais demain, une fois la poussière de la bataille retombée, la solution fédéraliste pourrait bien être la plus simple à mettre en place et celle qui satisfera la majorité des intervenants, chacun pouvant la revendiquer comme une victoire politique, ce qui en démocratie reste malheureusement le principal objectif de nos dirigeants.

Michel Paschoud

1 Diada: fête nationale catalane ayant lieu le 11 septembre.

2 Convergencia i Unió, parti de centre droite

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