Vide spirituel

«L'ambition souvent fait accepter les fonctions les plus basses; c'est ainsi que l’on grimpe dans la même posture que l’on rampe.»

J.Swift

Le Matin, dans son édition du lundi de Pâques (6 avril 2015), se demande si nous ne pourrions pas avoir un hymne national sans paroles. La question vient après la consultation du public au sujet de la modification des paroles de notre hymne actuel et traduit une impuissance à obtenir un accord sur des nouvelles formules; toutes questions sans pertinence aucune mais qui traduisent tout de même plus qu’un malaise, une perte d’identité collective grave et une inconscience de cette perte telle qu’elle ne craint même plus le ridicule ou l’ineptie de vouloir cacher le vide par la musique …

En effet, pourquoi donc les paroles actuelles de notre hymne national seraient-elles jugées obsolètes sinon parce que les valeurs spirituelles qu’elles expriment, non pas seulement par des idées mais aussi par le coeur, sont, de fait, reniées aujourd'hui par plusieurs?

C’est le prurit de la démocratie moderne – qui n'est rien d’autre qu’une forme d’idolâtrie de l’homme ou du peuple (comme entité abstraite) – que de vouloir sans cesse tout modifier, tout adapter à l’heure présente. Ces fossoyeurs du passé – que seule la tradition maintient parce que l’identité nationale lui est indissolublement liée et exige pour cela la continuité dans le temps, et aussi la conscience de cette continuité nécessaire – s’imaginent qu’une nation, un pays ne vivent qu’en s’adaptant au temps qui court. C’est là une erreur dans la connaissance du principe même de la vie aussi bien individuelle que collective: l’adaptation est nécessaire, certes, mais celle-ci n’a de sens que si l’unité constitutive des personnes comme celle des entités collectives, la patrie en l’occurrence, sont jalousement préservées.

Nos réformateurs, atteints psychiquement du virus démocratique au sens moderniste du terme, assimilent purement et simplement la conscience identitaire, individuelle ou collective, au repli sur soi. Leur travail de sape n’aboutit qu’à un seul résultat: l’absence de toute rencontre possible avec personne puisque, faute d’identité réceptive, le caractère aliénant des identités étrangères, seules reconnues dignes de survie, prend la place du vide dont la nature, on le sait, a horreur!

Moralité: que ceux qui parlent pour ne rien dire se taisent et que leur silence respectueux n’ait pas même la prétention muette de choisir le masque de la musique pour dissimuler leur inconsistance!

Michel de Preux

Thèmes associés: Coups de griffe - Culture - Politique fédérale

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