«L'Avant-guerre civile»

Peut-être n’avez-vous pas prêté attention, il y a dix-sept ans, à la sortie chez l’éditeur l’Age d’homme d’un essai prémonitoire rédigé par le philosophe Eric Werner, intitulé L’Avant-guerre civile. Slobodan Despot, fondateur des éditions Xenia, a proposé à l’auteur une réédition, enrichie d’une nouvelle préface, dans laquelle Werner constate, en s’excusant presque de sa lucidité, que sa thèse audacieuse a été largement confirmée par la dernière décennie.

Toute communauté a un ennemi. Si cet ennemi n’est pas un adversaire externe qui fait planer sur la collectivité un risque de guerre, c’est un ennemi interne qui crée des risques de guerre civile, des affrontements que le pouvoir tolère, voire encourage.

Telle est la thèse audacieuse de Werner, qui en démontre le caractère plausible, ou même probable, par des observations fines et des analyses dont on peut mesurer le caractère visionnaire à quinze ans de distance.

L’Etat moderne n’a plus ni la volonté, ni par conséquent les moyens, d’assumer la guerre au sens traditionnel de cette notion. J’entendais même le député au Conseil des Etats Luc Recordon, qui n’a jamais fait un seul jour de service militaire, ironiser sur le caractère  obsolète de nos chars, de nos avions et de nos régiments d’infanterie. Selon lui, toutes les ressources financières investies dans ces matériels du passé devraient être affectées à la lutte contre les cyberattaques.

Les guerres entre Etats n’ont jamais changé fondamentalement: feu, mouvement et occupation du territoire, telles sont les recettes valables depuis l’Antiquité. Mais lorsqu’on croit que de tels conflits ne sauraient plus se produire, il est légitime de se préparer aux futures guerres civiles, que le Prince encourage et dans lesquelles il tient à se ménager un avantage par la maîtrise des moyens de communication.

L’Etat moderne prétend volontiers qu’il se fonde sur la séparation du pouvoir et de l’opinion, c’est en cela même qu’il se différencierait de l’Etat médiéval. Mais la réalité est qu’il ne cesse en toutes circonstances d’interférer avec les opinions des sociétaires, de leur dire ce qu’ils doivent penser ou ne pas penser. Cela commence dès l’école et se répète tout au long des âges de la vie. On se trouve là en présence d’une contradiction, contradiction que l’évolution des sociétés post-démocratiques actuelles n’a fait que creuser davantage encore, comme le prouve la liste aujourd’hui impressionnante des atteintes à la liberté d’expression et de recherche dans un certain nombre de pays se réclamant pourtant de l’héritage laïc et des Lumières1.

On ne saurait mieux dire!

C.P.

1 L’Avant-guerre civile, éd. Xenia page 82.

Thèmes associés: Notes de lecture - Politique générale - Société

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