Editorial

La septantième assemblée générale de l’ONU a été l’occasion, pour le gratin politique, de proférer un certain nombre de poncifs, de grandes idées creuses, d’«appels» à plus de justice, plus de solidarité, plus de tout et n’importe quoi.

La présidente de la Confédération Simonetta Sommaruga, qui, pour notre malheur, est également chef du Département de justice et police, n’allait pas manquer pareille occasion de jouer dans la cour des grands, ce qui lui a permis de se distinguer, le 28 septembre, par une allocution particulièrement banale et politiquement correcte1.

Elle «a plaidé (…) pour une réponse solidaire au problème [de la crise migratoire]» sans faire la moindre allusion à l’inaction des pays du Golfe, qui devraient pourtant se sentir particulièrement concernés par les réfugiés musulmans qui fuient la guerre de Syrie, mais en insistant bien sur le rôle de l’Europe «où la tâche ne peut être confiée à quelques Etats uniquement». Notre «ministre», c’est évident, tient absolument à ce que la Suisse fasse (plus que) sa part, histoire, comme d’habitude, de se faire pardonner sa non-appartenance à l’Union européenne en jouant les premiers de classe.

Elle «a prédit que nous serons tous jugés sur la façon dont nous aurons relevé ce terrible défi humanitaire». Jugés par qui? par Dieu? par les générations futures? par les peuples envahis? Plus probablement par Amnesty International et autres ONG humanitaires, dont l’avis n’importe qu’à des nains politiques incapables de penser par eux-mêmes et de voir prioritairement l’intérêt des populations qui, directement ou indirectement, les ont portés au pouvoir.

Du coup, «nous avons donc besoin d’une ONU forte pour un monde meilleur», une ONU apte à prévenir les conflits, à faire progresser les droits de l’homme, à «faire son autocritique et réformer ses infrastructures et sa gouvernance». On ne saurait mieux dire que l’ONU a failli à sa mission sur toute la ligne au cours de ses septante ans d’existence. Mais Madame Sommaruga n’y voit que du feu et plonge carrément dans le délire et l’extase en affirmant: «Il y a 70 ans, des pays ont eu la lucidité et le courage de créer les Nations unies, qui ont tant apporté au monde.»

Une personnalité politique qui nomme «lucidité» et «courage» ce qui fut aveuglement et irréalisme pour les uns, mise en place d’un instrument de domination déguisé en champion de la fraternité humaine pour les autres; qui voit dans la capacité de nuisance de l’ONU un apport hautement bienfaisant pour le monde devrait être, au nom du bien commun, éjectée sur le champ du poste qu’elle occupe.

Mais ne rêvons pas: le 9 décembre, la conseillère fédérale Sommaruga n’aura ni la lucidité ni le courage de renoncer à sa réélection et il est probable que l’Assemblée fédérale n’aura ni la lucidité ni le courage de la mettre à la porte.

Il sera intéressant de voir comment se comportera l’UDC renforcée en cette occurrence. Tentera-t-elle de renvoyer la socialiste Simonetta Sommaruga à ses fourneaux ou préférera-t-elle se lancer dans la cuisine électorale, histoire de négocier l’appui du PS à l’élection d’un deuxième conseiller fédéral UDC? Nous avons déjà notre petite idée là-dessus…

Le Pamphlet

1 N’ayant pas réussi à mettre la main sur le texte du discours de Mme Sommaruga, je suis obligée de me fier aux citations de mon quotidien habituel, qui dit avoir eu accès audit texte.

Thèmes associés: Immigration - Politique fédérale - Politique internationale

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