Nation et indépendance, le catalanisme en question (4)

Suite au triptyque que nous avions brossé au début de l’année concernant la question catalane, il nous semble opportun de continuer le feuilleton et d’analyser les nouveaux rebondissements qui ont eu lieu depuis lors.

On se rappelle que, le 9 novembre 2014, la société civile organisait, sans l’aval du gouvernement de Madrid, un référendum sur l’indépendance de la Catalogne, qui se soldait par un résultat frisant les 80% en faveur de la sécession. Bien que présentée par les tenants de la séparation comme une grande victoire, la votation n’avait pas de valeur légale et comme elle ne provoqua aucune réaction de la part du gouvernement central, le président Mas et ses alliés décidèrent de convoquer des élections anticipées pour le 27 septembre 2015.

L’idée d’Artur Mas et d’Oriol Junquera, son allié du parti de gauche Esquera Republicana, était de donner aux élections parlementaires la valeur d’un plébiscite, en formant une liste commune à tous les indépendantistes. Cette idée relevait déjà de la gageure, car réussir à mettre ensemble, sur une seule liste, des partis qui ne s’entendent finalement que sur la question de l’indépendance, mais sont en désaccord sur tout le reste, n’avait rien d’évident. Et en effet ce ne fut pas facile. La coalition entre Convergència et Unió n’y survécut pas et l’alliance qui était née en 1978 fut dissoute. Mais après bien des discussions fut présentée la liste Junts pel Si1, qui comprenait, à part les membres de Convergència democràtica de Catalunya (CDC) et Esquera Republicana (ER), un grand nombre de militants issus des mouvements indépendantistes hors parti, voire de nouveaux visages dans le paysage politique comme l’entraîneur du Bayern de Munich Pep Guardiola. Dans le même camp mais sur une liste à part, on trouvait la CUP2, parti d’extrême gauche anticapitaliste et indépendantiste.

Du côté des opposants à l’indépendance se trouvaient sans surprise le Parti Populaire (PP), le Parti Socialiste de Catalogne (PSC) et Ciutadans3, parti centriste qui monte.

Enfin, Catalunya Si que es Pot4 (CSEP), coalition de partis de gauche, dont Podemos5, ne prenait pas position.

Au soir du 27 septembre, on vit sortir des urnes les pires des résultats que l’on pouvait espérer. Junts pel Si avait gagné les élections avec soixante-deux sièges sur cent trente-cinq, et donc sans majorité absolue. Mais la montée en puissance de la CUP, avec dix sièges, permettait aux indépendantistes d’obtenir cette majorité absolue au Parlement. Dans le camp du non, Le PP, le PSC et Ciutadans n’obtenaient que cinquante-deux sièges. Pourtant, en raison du système de répartition des représentants entre les différentes provinces, les indépendantistes n’avaient obtenu que 47,8% des voix individuelles, ce qui ne leur permettait pas de se targuer d’un résultat sans appel.

Certains argumenteront que si les élections avaient été un référendum, les votes des électeurs de CSEP auraient dû être considérés comme des abstentions, et que, dans ce cas, les votes pour l’indépendance auraient représenté plus de 50%. Mais le problème est là: il ne s’agit pas d’une votation sur un sujet précis mais d’une élection, et les  motivations pour choisir telle personne ou tel parti sont multiples.

Et maintenant vient le pire, car, une fois retombée l’euphorie, il faut se remettre au travail et Artur Mas devra composer avec ses partenaires, qui ont une vision de la politique différente voire opposée, dans une situation économique qui, bien qu’allant en  s’améliorant, n’est pas encore très enviable.

La déclaration d’indépendance n’est pas pour tout de suite et il faudra bien repasser par les urnes pour obtenir une fois pour toutes la réponse de la société catalane à la grande question de son indépendance.

Michel Paschoud

 

1 «Ensemble pour le Oui»

2 Candidatura d’Unitat Popular

3 «Citoyens»

 4 «Catalogne oui c’est possible»

5 «Nous pouvons». Nouveau parti politique issu des mouvements d’indignés et qui a pris lors des dernières élections municipales une place assez importante, surtout dans les villes comme Madrid et Barcelone.

Thèmes associés: Politique internationale

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