Editorial

Lorsque nous entendons de savants pronostics sur l’évolution de la démographie à l’horizon 2050, sur le financement des retraites au cours de ces prochaines décennies ou sur les infrastructures de transport à réaliser d’ici vingt ou trente ans, nous nous prenons parfois à penser que ces projections dans le futur ont quelque chose de dérisoire. Pour notre part, nous avons plutôt la conviction que, au cours de ces prochaines années, l’Europe occidentale va être dévastée par des invasions, par des violences, par l’anarchie découlant de la démission et de la dislocation des pouvoirs publics, avec la possibilité d’une guerre civile puis militaire – les événements d’Ukraine nous ont montré avec quelle rapidité on passe de l’une à l’autre. L’histoire nous montre en effet que la violence, latente chez la plupart des êtres humains, se manifeste de manière isolée et ponctuelle dans les périodes «civilisées», mais collective et aveugle lorsque la civilisation se désagrège. Dans dix ans, nos voisins, s’ils vivent encore, chercheront peut-être davantage un abri et de la nourriture qu’une nouvelle ligne de métro.

Mais, lorsque nous disons cela, on nous prend le plus souvent pour un fou, pour un extrémiste; on nous reproche d’être excessif, de peindre le diable sur la muraille. «Arrêtez de dire n’importe quoi, on n’en est pas encore là!»

Et c’est vrai, on n’en est pas encore là. Alors, forcément, nous doutons. C’est normal, il faut toujours remettre en question ses convictions et les soumettre à un examen critique. Notre cerveau nous joue-t-il des tours? Notre raisonnement est-il biaisé? Nous laissons-nous submerger par nos émotions, abuser par des informations et des images manipulées?

Il est indéniable qu’internet et les médias sélectionnent certains faits et nous les présentent de manière groupée et donc effrayante – un peu comme lorsqu’on cherche à nous démontrer les dangers du tabac ou de la conduite automobile. De nos propres yeux, nous ne voyons jamais autant d’horreurs. Pour autant, cela ne signifie pas que ces horreurs n’existent pas ou que nous n’y serons pas confrontés. Les Français qui ne vivent pas à Calais, ou qui habitent de l’autre côté de cette ville, ne voient pas les scènes de guérilla qui opposent chaque soir des centaines de migrants aux policiers et aux riverains. Et ceux qui sont aujourd’hui aux premières loges n’imaginaient pas cela, il y a quelques années, lorsqu’ils entendaient parler des émeutes des banlieues parisiennes. Lorsqu’on vit en paix, on imagine très difficilement qu’on puisse vivre en guerre. Les habitants de Donetsk, qui regardaient il y a deux ans leur bel aéroport tout neuf, imaginaient-ils à quoi il ressemblerait aujourd’hui?

Nous n’avons pas envie de sombrer, comme certains, dans un catastrophisme irraisonné et narcissique. Pour autant, nous souhaitons ne pas être pris au dépourvu le jour où il faudra partir se réfugier ailleurs. Comment élaborer une analyse pertinente?

Les lignes qui précèdent ont été ébauchées dans la journée du vendredi 13 novembre. Nous y réfléchissions encore, en soirée, lorsque les chaînes de télévision françaises ont commencé à évoquer en direct les attentats de Paris, décrivant progressivement ce que tous les commentateurs ont qualifié de «situation de guerre». Après deux heures de chaos, on a vu un président de la République tout pâle annoncer que l’état d’urgence était décrété, que des unités de l’armée étaient mobilisées et qu’il fallait «garder confiance». Parmi les nombreux témoignages diffusés, on a entendu un journaliste déclarer, la voix tremblante: «Je ne m’attendais pas à vivre ça un jour.»

C’est précisément là le problème: au risque de passer pour un rabat-joie, on devrait toujours envisager le pire. A-t-on oublié que d’autres pays et d’autres villes ont déjà connu des attaques comparables? Plutôt que de déverser un déluge d’émotions sur les réseaux sociaux, on ferait mieux de réfléchir calmement à la manière de se protéger et de préserver durablement des conditions de vie minimales. C’est ce que font notamment les «survivalistes», ces gens qui – certains dans un style un peu fantasque, d’autres avec un soin très raisonné – se préparent à des situations de chaos, et que l’on considère volontiers comme un peu fous.

Pollux

Thèmes associés: Immigration - Politique générale - Société

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