Crise migratoire

Il y a, selon la Banque mondiale, sept cents millions d’hommes et de femmes gagnant moins de 1,90 dollar par jour et qui répondent donc à la définition des populations vivant «sous le seuil de pauvreté». La majorité d’entre eux (49,4%) vivent en Afrique subsaharienne.

Il ne fait aucun doute que ces malheureux – et même ceux qui gagnent le double, et qui sont au moins quatre fois plus nombreux – aspirent à une existence meilleure et rêvent de pouvoir rejoindre l’Europe, où coulent en abondance, comme chacun sait, le lait et le miel.

Ce n’est donc pas seulement quelques centaines de milliers de migrants que l’Union européenne devra absorber ces prochains mois, mais plusieurs dizaines de millions d’individus encouragés par les propos imprudents de Mme Angela Merkel.

Il ne s’agit plus, pour le citoyen lambda, de pratiquer la charité, de manifester sa solidarité, de faire preuve d’hospitalité et d’empathie à l’endroit des pauvres malheureux chassés de chez eux par la guerre ou la faim, il s’agit pour les Etats de mesurer leur capacité d’accueil globale en fonction d’un budget, d’un nombre de lits disponibles, d’une capacité sanitaire concrète et surtout d’une possibilité d’intégration populaire.

Il s’agit aussi de contrôler l’entrée aux frontières, pour éviter, si faire se peut, l’importation de kalachnikovs ou la transmission d’épidémies graves.

L’ONU prévoit sept cent mille migrants par la Méditerranée en 2015. L’Union européenne estime à trois millions le nombre des requérants d’ici à 2017. Ces estimations sont probablement largement inférieures à la réalité: ce ne sont pas ceux qui gagnent deux dollars par jour qui pourront s’offrir le voyage, mais ceux qui gagnent moins de dix dollars par jour le tenteront. Et ils sont huit cent trente-deux millions rien qu’en Afrique orientale (Erythrée, Mozambique, Madagascar), centrale (Angola, Tchad, République démocratique du Congo) et occidentale (Mozambique, Côte d’Ivoire, Cap Vert), avec un revenu national brut par habitant qui oscille entre mille cent nonante  dollars et mille neuf cent huitante  dollars.

Les autorités de Bruxelles sont absolument incapables de prendre des décisions courageuses face à l’afflux qui va submerger l’Europe, pour trois raisons simples: (1) les Etats membres sont profondément divisés sur les mesures à prendre ;  (2) la Commission ne tient ses pouvoirs ni des peuples d’Europe ni directement des Etats européens, de sorte qu’elle ne risque pas une motion de censure ou un vote de défiance, et enfin (3) elle ne va prendre aucune mesure visant à la survie des Etats qui composent l’Union, car ces Etats, elle les considère comme des survivances caduques et obsolètes du XXe siècle moribond.

Dans ce marasme annoncé, la Suisse peut jouer une carte originale, car elle n’est pas membre de l’Union et elle n’a donc pas à accueillir, sur ordre de Bruxelles, son lot de migrants calculé selon la méthode des quotas rigides que j’ai dénoncée ailleurs. En outre, elle a des frontières assez éloignées des portes d’entrée européennes, notamment méditerranéennes, et faciles à défendre.

Elle pourrait s’illustrer, en Europe, comme le village d’Astérix s’est illustré en Gaule si l’on en croit Uderzo et Goscinny: résister à l’invasion non contrôlée et accueillir à bras ouverts les seuls migrants chrétiens, pourvus de compétences professionnelles utilisables en Suisse et disposés à s’intégrer.

Peut-être suffirait-il de le proclamer urbi et orbi et les autres Etats de l’Union européenne s’empresseraient-ils de nous approuver et d’instituer des règles identiques. Il a suffi qu’un petit enfant proclame que le roi était nu et l’état de sidération populaire a cessé.

Claude Paschoud

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