Dialogue sur le RBI

Personnages fictifs: Robert Bryan, étudiant en lettres, et son père Pierre, entrepreneur.

Robert Bryan: Ça y’est, j’ai reçu le matériel de vote. On a vachement parlé à la cafète avec les copains à propos du RBI. Ça serait hyper bien si ça passait, tout le monde pourrait vivre dignement et on serait plus obligé de dépendre du capitalisme. En plus, tous ceux qui font un travail non rémunéré, comme les mères de famille, pourraient aussi recevoir un salaire qui les valoriserait.

Pierre: Ça ne va pas inciter les revenus les plus bas à se lever le matin pour aller bosser.

RB: Ya plein de boulots ingrats qui pourraient être automatisés. Et sinon, les travailleurs seront plus forts pour négocier les salaires avec les patrons, car ils auront un minimum assuré. Le patron qui voudra trouver un travailleur devra offrir un meilleur salaire.

P: Ça dépendra de la rentabilité du poste de travail. Le principe de base de la création d’emploi se résume à savoir si l’employé rapporte plus qu’il ne coûte. Si ce n’est pas le cas, il n’y a pas de création d’emploi.

RB: Mais justement, comme le RBI sera payé par l’Etat, le patron pourra payer un complément qui augmentera les revenus.

P: Ce n’est pas ce que disent les initiants, bien que leur communication ne soit pas très claire à ce propos. Mais ce qui est évident, ce sont les chiffres: coût global du RBI: 200 milliards; transfert de charges depuis les assurances et les services sociaux: 60 milliards. Si on veut que tout le monde touche 2’500 francs en plus de ses revenus, il faut donc trouver 140 milliards. Si l’on part du principe que le revenu de base serait intégré dans le salaire des employés et que ceux dont le revenu dépasserait 2’500 francs ne verraient pas leur situation changer, il ne reste «que» 20 à 25 milliards à trouver, ce qui représente tout de même environ 30% du budget annuel de la Confédération.

RB: Ouais. Et alors?

P: Et comment l’Etat va-t-il financer le RBI?

RB: Ben ça, je ne suis pas sûr d’avoir tout compris. Je crois que ce serait par un système de redistribution plus juste de la richesse ou avec une taxe sur les transactions électroniques. En tout cas, c’est ce qu’ils ont dit sur Infrarouge et ça avait l’air facile.

P: Donc, lorsque l’on parle de redistribution des richesses, comment on fait pratiquement?

RB: Ben… les copains appellent ça le système Robin Hood: on prend aux riches pour donner aux pauvres.

P: Donc, par le biais de la taxation, on prend aux entreprises et aux riches pour arroser sans distinction. C’est une forme maquillée de communisme.

RB: L’autre, tout de suite les grands mots… Non, c’est juste une société plus juste.

P: Ok. Imaginons que tu as beaucoup d’argent. On vient te dire que, pour que des gens que tu ne connais pas touchent de l’argent tous les mois, on va te ponctionner un impôt supplémentaire très élevé. Tu ferais quoi?

RB: Moi je dirais Ok. Je suis solidaire.

P: Toi peut-être, mais comment crois-tu que réagiront la plupart des riches?

RB: Je ne sais pas. Partir ailleurs?

P: C’est assez probable. Et, du coup, on ne récolte pas plus d’impôts mais moins, car ces riches contribuables s’en vont aussi avec les impôts qu’ils payaient jusqu’alors…

RB: Ok. Disons que ce n’est pas la bonne solution. Mais… et la piste de la micro-taxe sur les transactions électroniques? Ils ont dit qu’il y avait en Suisse pour presque 100’000 milliards de transactions électroniques et qu’en prenant une taxe de 0.05% sur chacune d’elles, on pourrait récupérer 50 milliards. Ça pourrait le faire. Ils disent que, pour quelqu’un qui gagne 100’000 francs, ça représente au maximum 50 francs par an. Ce n’est pas la mer à boire.

P: La première erreur consiste à penser que les acteurs financiers qui génèrent ces montants gigantesques de transactions électroniques sont prisonniers et n’auront d’autre choix que de payer. Si on se base sur le PIB suisse, qui est d’environ 700 milliards, les transactions électroniques que peut générer notre propre économie sont d’environ 1’400 milliards par an: une fois au moment où l’argent est gagné et une fois au moment où il est dépensé. Cela représenterait des recettes fiscales de l’ordre de 700 millions, ce qui suffirait tout juste à payer 23’300 RBI par année. Le reste des transactions pourra être délocalisé facilement.

RB: Mais il doit bien y avoir une solution non? C’est une super idée le RBI. Il faut avoir un peu de courage et on va y arriver. Et de toute façon, il s’agit seulement d’inscrire le principe du RBI dans la Constitution. Le Parlement se chargera de la mise en œuvre et du financement.

P: S’il y a une solution miracle, je ne la vois pas. De toute façon, quelle que soit la manière de tourner le problème, si on veut verser un revenu à toutes les personnes qui n’en ont pas actuellement, il faudra augmenter les impôts. Et tout à fait entre nous, inscrire dans la Constitution un principe sans avoir un plan solide pour son financement, c’est un peu comme si je rentrais un soir à la maison et que je disais à ta mère: «Chérie, je viens de signer un leasing pour une Ferrari Enzo qui coûte 15’000 francs par mois. C’est génial, non? Bon maintenant il faut qu’on regarde comment on va le payer.» Crois-moi fiston, le divorce ne serait pas loin.

Michel Paschoud

Thèmes associés: Economie - Politique fédérale - Société

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