Gymnasiens punis

A propos des trois élèves du gymnase de Morges punis de trois semaines de suspension pour avoir évalué leurs professeurs sur un blog.

L’école ne vise pas uniquement à la transmission des connaissances mais au développement de l’esprit critique et de la faculté de distinguer l’essentiel de l’accessoire.

Comment s’étonner, dès lors, que les élèves, notamment les plus âgés, attribuent à leurs enseignants des points, des notes ou des appréciations en fonction de critères qui ne sont pas toujours pertinents, certes, mais qui permettent le plus souvent de distinguer, parmi les professeurs d’une même discipline enseignée au même niveau, lequel (laquelle) est le (la) plus apprécié-e.

J’écris: … d’une même discipline enseignée au même niveau parce qu’un classement en valeur absolue n’a aucun sens. Et c’est d’ailleurs pourquoi les appréciations des élèves sur leurs professeurs sont, la plupart du temps, dépourvues de pertinence. Il est absurde de comparer le cours d’un professeur de biologie avec le cours d’un professeur de musique. Les seuls étudiants susceptibles de procéder à une comparaison intéressante sont ceux qui répètent l’année et qui héritent, dans une discipline donnée, d’un autre enseignant.

Depuis longtemps, Radio couloirs a précédé les réseaux sociaux et les élèves sont informés, avant même d’avoir fait sa connaissance personnellement, des qualités et des défauts de l’enseignant. Il est donc un peu anachronique d’empêcher les étudiants de publier leur avis dans un forum sur le Net ou de punir aussi sévèrement ceux qui l’ont fait.

Ce n’est qu’à l’école primaire, et dans les petites classes, que le maître (ou le plus souvent la maîtresse) s’impose par l’autorité de sa fonction, et par des outils didactiques appris dans des séminaires pédagogiques, où sévissent des enseignants bardés de doctorats mais qui n’ont jamais dû tenir une classe.

Au gymnase, ou dans les Hautes Ecoles, de même que dans les Instituts d’enseignement qui préparent à des certificats, brevets et diplômes postgrades, l’enseignant s’impose par sa compétence, d’où découlent naturellement son enthousiasme pour sa discipline et l’intérêt des étudiants. La qualité du support de cours ou la difficulté des exercices sont secondaires.

Et l’enseignant n’est donc pas toujours responsable de l’ennui qu’il distille, s’il a été chargé d’un cours dans une discipline qu’il ne maîtrise pas. On a connu de braves commandants de compagnie bouchers-charcutiers ou cadres bancaires obligés de donner à la troupe réunie une théorie sur les risques des armes atomiques et chimiques, ou encore de courageux licenciés HEC obligés d’enseigner dans les écoles professionnelles le droit dont ils avaient de vagues notions datant de leurs propres études.

Les gymnasiens méritent mieux. Et il est donc paradoxal, si l’on entend développer leur esprit critique et leurs facultés à hiérarchiser les valeurs, de les punir d’avoir osé noter leurs professeurs.

Claude Paschoud

Source: www.claude-paschoud.ch/blog/

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