La rééducation par le travail

Les partisans du «revenu de base inconditionnel», tout au long de la campagne qu’ils ont menée en faveur de leur initiative (nettement rejetée dans les urnes le 5 juin dernier), se sont posés en défenseurs des petites gens, des pauvres, des citoyens qui ne parviennent plus à nouer les deux bouts, des laissés-pour-compte de la société, des victimes du système capitaliste, des désespérés d’un monde individualiste et égoïste où l’argent est roi. Ils n’ont eu de cesse de fustiger les riches, les super-riches, les nantis, les patrons, les dirigeants, les cravatés, on en passe et des meilleures.

En d’autres termes, proposer que l’Etat distribue automatiquement et régulièrement à toute la population une somme d’argent permettant de vivre dignement constituait une idée généreuse pour venir en aide aux plus démunis (qui sont si nombreux en Suisse…), et les opposants, qui contestaient à la fois le fondement philosophique de la requête (la vision d’un Etat nourricier dont les citoyens seraient dépendants) et la possibilité de son financement (au minimum vingt-cinq milliards supplémentaires à prélever, dans l’hypothèse optimale où aucun contribuable ne diminuerait son activité professionnelle!), ne pouvaient être que des privilégiés nageant dans l’hyper-luxe et des spoliateurs vendus à la haute finance internationale.

A cette interprétation tendancieuse, nous opposons deux constats. Le premier est que ceux qui militaient avec le plus d’âpreté en faveur de cette initiative étaient souvent des gens aisés, affichant leurs réussites commerciales et leur goût des voitures luxueuses, et disposant en outre de beaucoup de temps libre. Le second est qu’au cours de discussions avec des personnes plutôt modestes, notamment des jeunes femmes d’origine étrangère fraîchement naturalisées et exerçant avec le sourire des métiers socialement peu prestigieux, celles-ci ont émis des avis catégoriquement négatifs: «On ne peut pas voter oui à une telle initiative si on ne connaît pas les détails de son application et de son financement!» «Encourager le travail bénévole? C’est une utopie! Seule une toute petite minorité profiterait intelligemment de cette manne providentielle; les autres, si on leur donne de l’argent pour rien, ils ne feront rien!» Ou encore: «Ce n’est pas logique de recevoir de l’argent pour rien! On a testé ça pendant la période communiste et on a vu ce que ça a donné! D’ailleurs, le niveau de l’aide sociale en Suisse est déjà trop élevé et dissuade certaines personnes de travailler…»

Sans vouloir faire de généralisation abusive, nous en tirons tout de même cette première conclusion que de nombreux partisans du revenu de base inconditionnel n’avaient aucune légitimité pour s’exprimer au nom des petites gens – qu’ils ne fréquentaient probablement pas et avec lesquelles ils ne devaient pas avoir souvent discuté.

La seconde conclusion qui nous vient à l’esprit est que les gens modestes et travailleurs ont souvent des réactions très saines et une conception très réaliste de la société et des rapports humains, davantage que de nombreux intellectuels aisés et oisifs qui consacrent leur vie à échafauder des théories révolutionnaires, sottes et dangereuses. Ces derniers découvriraient utilement le monde si on les envoyait travailler aux champs ou sur des chantiers. Un peu de maoïsme ne leur ferait pas de mal.

Pollux

Thèmes associés: Politique fédérale - Société

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