Retour sur le RBI

Les votations passées et le RBI balayé, nous pouvons revenir sereinement sur le sujet.

Au soir des résultats, on a entendu des perles du genre: «Nous sommes très satisfaits du score obtenu, nous avons pu lancer un vrai débat, le revenu de base sera de toute façon bientôt inévitable, et patati et patata.»

La réalité de cette votation est double: d’une part, le score obtenu par les initiants en promettant de l’argent pour tous est extrêmement faible (moins de 25% de votes favorables), ce qui démontre la vacuité du projet et la maturité des votants; d’autre part, il n’y a pas eu de réel débat de fond. En effet, les partisans du RBI ont basé tout leur argumentaire sur la transformation annoncée des moyens de production et de la société, tandis que les opposants se sont focalisés sur le coût du projet et son impossible financement. Ce dialogue de sourds est propre aux votations, chacun des deux camps cherchant à obtenir des voix, mais il ne nous a pas été beaucoup donné d’entendre pourquoi, en dehors de son coût prohibitif, le RBI est néfaste et, surtout, inutile.  

Partons du principe que l’avenir sera tel que décrit par les initiants, à savoir robotisé et automatisé. Ils en tirent la conclusion logique que des postes de travail seront amenés à disparaître et c’est probablement vrai, mais cela ne signifie pas nécessairement que ces suppressions se feront au détriment d’individus en particulier.

Je m’explique: les innovations technologiques augmentent la productivité, et si ces améliorations sont applicables à tous les domaines de la société, la production des richesses nécessaires au bien-être des individus pourrait être réalisée en moins d’heures. Si l’on compare les heures travaillées depuis deux cents ans, on s’aperçoit que la semaine de travail s’est réduite pour passer de septante heures durant la révolution industrielle à cinquante heures au milieu du XXe siècle et à quarante-deux heures aujourd’hui. Si la France a passé à trente-cinq heures, c’est avant tout pour des raisons idéologiques qui plombent son économie, mais c’est bien vers cette objectif qu’il faut tendre, trente-cinq, trente ou même vingt-cinq heures par semaine – pourquoi pas? – si l’amélioration de la productivité le permet.

Cela dit, il faut rester conscient que ce type de transformation sociale doit être le fait de l’évolution naturelle des rapports économiques, et non imposé au nom d’une idéologie. Il n’est donc pas inutile de rappeler que la richesse n’est produite que par les entreprises, que l’Etat n’obtient des revenus que dans la mesure où les entreprises font des bénéfices et paient des salaires, et qu’aucun employeur ne doit payer un salaire plus élevé que ce que lui rapporte l’employé.

Revenons aussi sur la question de la rémunération de ceux qui ne touchent pas de salaire, comme les femmes au foyer. Le noble emploi de mère de famille ne donne lieu à aucune rémunération directe, c’est un fait. Est-ce une injustice? Je ne crois pas. De nos jours, rester à la maison relève d’un choix de vie et nécessite des moyens financiers que tous ne possèdent pas. Le travail fourni par la femme au foyer n’est pas quantifiable en termes d’augmentation de la richesse, et si elle participe au bien-être de sa famille, elle ne génère aucun revenu.

Enfin, sans revenir en détail sur la problématique du financement, il n’est pas inutile de rappeler aux partisans du RBI que, s’il est vrai que l’Etat a le pouvoir de créer de l’argent, il n’a pas celui de créer de la richesse. Cela, seul le travail le permet.

Le doux rêve des partisans du RBI, sous quelque forme qu’il soit présenté, et des formes il y en a eu, n’est pas et ne sera jamais applicable. Laissons faire l’ingénieux être humain et gageons que, fainéant comme il est, il trouvera le moyen de travailler moins.

Michel Paschoud

Thèmes associés: Economie - Politique fédérale

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