Eglises de mauvaise foi

Il y a quelques semaines, le Grand Conseil vaudois a approuvé une initiative visant à interdire la mendicité sur tout le territoire cantonal. Cette décision, qu’on évitera de qualifier de courageuse – elle a été adoptée de manière quasiment fortuite, par un concours de circonstances lié à la dispersion des votes et à quelques abstentions – et qui risque d’ailleurs de ne pas être appliquée par certaines autorités communales, a été accueillie par un concert de hurlements indignés de la part du ban et de l’arrière-ban de la gauche bien pensante et moralisatrice. A cette sinistre chorale de vieux complexés, de jeunes paumés et d’intellectuels frelatés est venue se rallier l’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud, qui a diffusé un communiqué de presse dont la malhonnêteté intellectuelle nous a fait bondir:

Lorsque Calvin interdit la mendicité à Genève, il crée en même temps l’Hospice général. La pratique de l’Eglise, même la plus rigoureuse, ne laissait pas les mendiants sur le carreau[sic!] L’Eglise évangélique réformée du canton de Vaud (EERV) a ainsi été́ étonnée de la décision du Grand Conseil d’une même interdiction sur tout le territoire vaudois, sans aucune mesure d’accompagnement [re-sic!].

Il faut être un fieffé menteur pour affirmer, comme le font les communicateurs de l’EERV, que les autorités laissent certaines personnes «sur le carreau» et ne prennent «aucune mesure» pour aider les individus démunis! Alors que la Suisse connaît déjà des systèmes de protection sociale parmi les plus développés du monde, le Canton de Vaud a poussé le perfectionnisme jusque dans ses derniers retranchements en élaborant un «filet social» encore plus étendu et plus généreux que la moyenne helvétique. Des étrangers établis chez nous, bien que de condition modeste, déclarent que l’aide sociale est trop élevée en Suisse et qu’elle n’encourage pas les gens à travailler. Mais sans doute les communicateurs de l’EERV choisissent-ils soigneusement les étrangers qu’ils veulent écouter, afin d’éviter d’entendre des jugements susceptibles de venir troubler leurs confortables certitudes moralisatrices.

De plus, le communiqué de presse de l’Eglise vaudoise fait comme si les mendiants qui sévissent dans notre région étaient simplement «des pauvres». Pas un mot sur les réseaux claniques étrangers qui organisent cette mendicité pour s’enrichir – et non pour survivre, car ils ne manquent de rien. Les communicateurs de l’EERV ne peuvent pas ignorer cela. C’est donc bien de la mauvaise foi, une volonté délibérée de fausser la vérité.

Pire, la suite du communiqué laisse entendre que les Eglises contribuent activement au financement de ces réseaux:

Les Eglises s’engagent dans de nombreux projets visant à proposer aux pauvres des chemins d’intégration. (…) Dans les pays d’origine de certains mendiants, elles soutiennent des projets autour de l’éducation, du logement et de la création d’emploi.

Nous l’avons déjà dit: le meilleur moyen d’éliminer la mendicité est que plus personne ne donne quoi que ce soit, plus le moindre kopek, jusqu’à ce que les mendiants, étranglés financièrement, disparaissent de nos rues. Nous en venons maintenant à nous demander si le même traitement ne devrait pas être appliqué aux Eglises lorsque celles-ci ne se préoccupent pas de notre salut, ni même, à titre subsidiaire, de «nos» pauvres gens (dans tous les sens du terme).

En tous les cas, s’il vous vient l’envie de donner quelque obole à la paroisse que vous fréquentez, renseignez-vous toujours précisément sur l’usage qui en sera fait.

Pollux

Thèmes associés: Humeur - Immigration - Politique vaudoise - Religion

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