Balle au centre

On parle souvent d’échiquier politique, ce qui, symboliquement, évoque un affrontement quasi guerrier. A gauche, les forces progressistes et à droite les armées conservatrices. On croirait presque voir émerger de la mêlée quelques chevaliers en armure: sur le flanc gauche, le sire de Maillard, accompagné du comte de Levrat; attaquant par la droite, le baron von Blocher et sa suite.

S’il est vrai que la politique nous réserve parfois de beaux affrontements, il existe un mouvement naturel des partis qui les pousse de la gauche vers la droite. Les radicaux étaient au XIXe siècle à gauche de l’hémicycle. Poussés par le parti socialiste d’extrême gauche, ils ont glissé vers le centre-droite.

Mais finalement, qu’est-ce que cela signifie «être à gauche» ou «être à droite» et quels sont les objectifs de chacun des deux côtés?

Ce qu’on constate surtout c’est que les forces de gauche visent le changement, parfois radical, des paramètres du système, alors que celles de droite cherchent plutôt la conservation des acquis. Etant donné que la droite d’aujourd’hui est la gauche d’hier, il est normal qu’elle veuille préserver ce qu’elle a conquis de haute lutte, de même qu’il est naturel que la gauche recherche de nouveaux progrès.

Aujourd’hui, on vit bien en Suisse. Le système social est efficace et il faut bien admettre qu’il est à mettre essentiellement au crédit des partis de gauche. On pourrait s’attendre à ce que ces partis deviennent donc des partis conservateurs et glissent vers la droite de l’hémicycle. Or il n’en est rien. Peut-être en raison de l’absence de nouveaux mouvements d’extrême gauche ayant quelque chose à proposer, il semble que le paysage politique se soit figé. On assiste, de la part du parti socialiste en particulier, à une espèce de surenchère du dogmatisme qui donne lieu à toutes les dérives. C’est particulièrement criant dans le domaine de la paix du travail. Ce système de négociation et de conventions collectives, qui permet à la Suisse de bien se porter depuis des décennies, est mis en péril par cette gauche qui cherche le coup d’éclat à la française plutôt que l’efficacité de la discussion raisonnable. Le message semble se résumer à «plus d’Etat et sus aux riches»; c’est tout de même un peu léger.

La droite n’est pas exempte de défauts considérables. La droite ultralibérale est mondialiste et sacrifiera notre identité sur l’autel de la main-d’œuvre immigrée bon marché, de la rentabilité des capitaux propres et du bénéfice avant impôt. La droite agrarienne, toute pleine de sagesse paysanne qu’elle est, nous casse les bonbons en pondant toutes les trois semaines une initiative «populaire» provocante et mal ficelée, dont l’unique objectif est électoraliste, et qui dans certains cas nous explose à la figure. Et on passera rapidement sur le centre mou, ni pour ni contre bien au contraire.

Le système de démocratie semi-directe est probablement un des meilleurs à l’heure actuelle, mais nos édiles devraient prendre conscience que leur rôle est d’œuvrer au bien commun, et que cela implique réflexion à long terme, négociation avec ses opposants et recherche de solutions consensuelles. L’initiative populaire devrait être réservée aux propositions individuelles et les partis gouvernementaux ne devraient pas être autorisés à en faire usage. Ils ont des représentants au Parlement pour faire valoir leurs idées.

On ne s’étonne finalement pas que la Belgique et l’Espagne, toutes deux privées durant de longs mois de nouveaux gouvernements, ne s’en soient pas portées plus mal. Pas de frénésie législative, pas de modification des règles fiscales, pas de participation à des conflits armés… La stabilité en somme.

Michel Paschoud

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