Guerriers végans contre tyrans sanguinaires [Véganisme à l’armée: deux commentaires]

Les journalistes ont frétillé de satisfaction malsaine lorsque les juges fédéraux, serviteurs infatigables de chaque ferment de dégénérescence de notre société, ont décrété que l’armée suisse devait s’adapter aux exigences des soldats végans, et non l’inverse. Cela ne concerne pas seulement les menus, mais aussi l’équipement personnel, en l’occurrence les bottes en cuir.

On ignore si le jeune homme qui a porté sa cause jusque devant le Tribunal administratif fédéral avait honnêtement le désir de servir sa patrie tout en affirmant ses convictions, ou s’il voulait simplement monter un coup médiatique pour tourner l’armée suisse en bourrique (animal parfaitement respectable, soit dit en passant). Le fait qu’il ait proposé d’acheter des bottes en simili à ses propres frais pourrait plaider en sa faveur, mais il peut aussi s’agir d’un élément du scénario. En tous les cas, l’armée n’a sans doute pas grand-chose à perdre en le laissant s’équiper comme il le souhaite.

Mais les végans font-ils de bons soldats? Peuvent-ils devenir de redoutables guerriers? On n’en sait trop rien, la seule référence connue étant le personnage de Marvin dans la bande dessinée Donjon. On trouve aussi sur internet des t-shirts «guerrier végan» (en coton issu de l'agriculture biologique, comme il se doit) à l’effigie d’une belliqueuse carotte. Cela suffira-t-il à repousser une invasion armée?

Plus sérieusement, on a l’impression – et l’on souhaiterait que ce ne soit qu’une impression! – que les nouvelles générations autochtones, formatées par un riche environnement matériel, par une société festive et par des gadgets électroniques omniprésents, habituées à se trouver «au centre» de l’enseignement scolaire, à être choyées par d’innombrables psychologues et par des journalistes qui pourraient être leurs grands-parents, à être consultées sur les projets politiques et à être surprotégées par une kyrielle de traités internationaux et d’offices fédéraux, que ces nouvelles générations, donc, ont été rendues faibles par l’absence d’adversité et ne sont plus guère aptes à quelque combat que ce soit. Sans vouloir tomber dans des généralisations abusives, on relèvera qu’un groupe de travail chargé d’étudier pourquoi les effectifs des écoles de recrues se réduisent comme peau de chagrin a abouti au même constat: une part importante des jeunes d’aujourd’hui n’est plus disposée à se plier à la vie en communauté, à des relations hiérarchiques et à une discipline stricte. Dans un cadre moins policé que le présent article, l’inconvenant M. Trump dirait: une armée de lopettes!

Est-ce avec cela que nous résisterons aux nuées de guerriers sanguinaires que le cruel tyran Vladimir Poutine, après avoir envahi la Crimée, puis l’Ukraine, s’apprête à lancer à l’assaut de toute l’Europe? Est-ce avec cela que nous survivrons au feu nucléaire que le nouveau locataire de la Maison Blanche – si, si, les médias nous le disent – risque de projeter sur la planète?

Les journalistes doivent être conséquents. Si ces menaces sont réelles, alors ils doivent appeler de leurs vœux une armée d’au moins un million d’impitoyables Spartiates, sauvages, rustres, omnivores, et drillés par une armada d’officiers droits dans leurs bottes (en cuir). On se réjouit de lire ça dans la presse.

Pollux

Thèmes associés: Armée - Egalité, discriminations - Politique internationale - Société

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