Droit au service militaire [Véganisme à l’armée: deux commentaires]

Le jeune Antoni Da Campo pratique le véganisme: pour des raisons philosophiques, il ne consomme aucun produit issu des animaux ou de leur exploitation. Il ne mange pas de viande, pas de poisson, pas d’œufs, et ne porte pas d’effets de cuir ou de laine.

C’est pour cette raison, et non pour quelque problème physique ou psychiatrique, que l’armée suisse l’avait déclaré inapte au service militaire.

Toutefois, notre jeune marginal tient beaucoup, et c’est tout à son honneur, à accomplir son service dans l’armée. Il a donc recouru à deux reprises contre la décision de cette dernière et le Tribunal administratif fédéral lui a finalement donné raison. Il devrait effectuer son école de recrues en 2018. Mais, selon le communiqué qui relate cette passionnante affaire, «son parcours du combattant n’est pas terminé pour autant puisqu’il devra trouver des solutions avec ses futurs supérieurs quant à la nourriture et l’habillement».

Pour la nourriture, la solution est simple: il suffira au soldat Antoni Da Campo de se contenter de l’ordinaire de la troupe en laissant de côté tout ce qui n’est pas légumes à l’eau ou salade, pâtes, riz ou patates (sans beurre ni crème ni œufs), pain et eau (colorée ou pas). Il est d’ailleurs prêt à apporter sa propre nourriture. Et tant pis si ça complique la vie de l’équipe de cuisine.

Pour ce qui est de la question des chaussures, il est disposé à se procurer à ses frais des bottes en cuir synthétique. Quant aux habits, «[il] espère que les services de logistique de l’armée auront des solutions à [lui] proposer» et pense qu’on peut se protéger du froid en ne portant que des vêtements de coton.

On le voit, ce jeune homme, par ailleurs lauréat d’un prix Héros des animaux décerné par une association américaine et amateur d’arts martiaux, est prêt à tout pour satisfaire ses convictions. Car il en a de solides et s’en explique doctement:

«Je considère que le fait de tuer des animaux pour des pratiques non nécessaires pour les humains est injuste et devrait être aboli. Cependant, défendre la démocratie et mes concitoyens en cas d’agression par un autre pays me paraît parfaitement légitime.»

Ce petit jeune homme manque de cohérence. Il ne veut pas qu’on tue des animaux pour manger, se vêtir ou se chausser, mais peu lui importe que la disparition de ces pratiques implique l’extermination pure et simple d’une partie au moins de ses protégés: quel éleveur va nourrir du bétail ou de la volaille juste pour faire joli? Démocrate, il appelle de ses vœux l’abolition de pratiques que la plupart de ses contemporains considèrent comme légitimes. Partisan de la défense nationale, il tient absolument à s’engager dans une armée qui, par la force des choses, entraîne ses soldats à tirer sur des êtres humains; mais il refuse de sacrifier, pendant quelques mois de son existence, l’amour immodéré qu’il porte aux animaux, au nom, nous dit-il, de la liberté de conscience protégée par l’art. 15 de la Constitution fédérale et l’art. 9 de la Convention européenne des droits de l’homme.

Tout cela est bel et bon, mais il y une chose dont ce presque gamin et ceux qui l’applaudissent bien fort parce qu’il a «fait plier l’armée» ne tiennent pas compte: le service militaire n’est pas un droit, mais un devoir. Il n’y a pas de droit à accomplir ce devoir, sauf à accepter les conditions fixées par les lois et règlements qui régissent l’armée. A défaut, on doit être considéré comme inapte au service et payer la taxe militaire.

Que ce jeune sot idéaliste ne l’ait pas compris, passe encore. Mais que le Tribunal administratif fédéral oblige l’armée à le recruter en dit long sur l’asservissement de la magistrature à la dictature politiquement correcte.

Mariette Paschoud

Thèmes associés: Armée - Jeunesse - Justice

Cet article a été vu 1699 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions