Eglise et politique

Le débat sur la mendicité provoque des réactions au sein de la population et des médias. Notre Eglise vaudoise s’est sentie tenue d’y participer. Au-delà de son opinion sur ce sujet, je me suis interrogé sur la légitimité qu’elle avait à se prononcer et, plus largement, dans quelle mesure les Eglises peuvent ou doivent donner leur opinion en politique.

Il me semble qu’il y a plusieurs éléments à prendre en compte. Le premier est le rôle de l’Eglise dans le monde concret et son devoir de favoriser l’unité, la communion des saints. Dans le monde matériel, sa mission est d’amener à la conversion et de favoriser un ordre moral chrétien. Et son second rôle est de maintenir les fidèles dans la foi et l’unité.

Je pense que si l’Eglise discerne un cas où la morale véritablement chrétienne pourrait être compromise, elle doit se prononcer. Malheureusement, on ne peut que constater qu’elle est incapable de donner une opinion chrétienne et qu’elle se contente de promouvoir la morale contemporaine et bien-pensante. Par exemple, sur le diagnostic préimplantatoire, l’Eglise vaudoise ne s’est pas prononcée – alors qu’elle aurait dû le faire.  En ce qui concerne les minarets, en revanche, elle s’est opposée à l’interdiction parce qu’il faut que «les communautés religieuses soient visibles». L’exemple le plus marquant qui montre l’inaptitude de l’Eglise évangélique réformée vaudoise à se positionner comme Eglise chrétienne est sa décision quant aux cultes de bénédiction des couples homosexuels, qui a été votée à cinquante-cinq voix pour, sept abstentions et seulement trois oppositions. Au-delà de l’acceptation, le faible nombre d’opposants est des plus troublants.

Notre Eglise échoue dans son premier rôle par le fait qu’elle n’est plus une Eglise dans le monde, mais une Eglise du monde. Et ses décisions téméraires et irréfléchies apportent un esprit de parti, de division, qui fait qu’elle ne parvient pas à maintenir l’unité.

L’Eglise devrait faire preuve de prudence dans ses interventions et ne pas se manifester seulement par des bons sentiments. Elle doit montrer de la retenue, d’autant plus qu’elle n’est pas là que pour le bien commun, mais aussi pour le bien des âmes – ce qui est autrement plus important et délicat que le reste.

Cela vaut-il donc la peine de rester dans une Eglise qui semble si contestable? Je crois qu’il est préférable de persévérer et de prier pour qu’elle recouvre la raison, plutôt que de créer un schisme.

Une scission peut finir par une réconciliation – les Eglises libre et nationale, par exemple. Mais il ne faut pas rêver, c’est loin d’être la règle: on a l’exemple du schisme avec l’Eglise d’Orient et nous fêtons les cinq cents ans du schisme entre catholiques et réformés.

Barberousse

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