François Fillon est négationniste

«La plénitude de la doctrine est le premier don des guides des peuples, leur pénurie en ce point, la pire des insuffisances. (Matt. XV,10).»

Dom Prosper Guéranger, 0.S.B., dans L’Année liturgique à la date du 17 novembre.

Nous savons que notre code pénal a introduit, à l’article 261 bis, un délit pouvant s’appliquer en particulier à ce comportement: nier publiquement, par la parole ou l’écriture notamment, ou minimiser de manière grossière des crimes contre l’humanité. Ce délit est passible d’une peine d’emprisonnement  ou de l’amende. Cette disposition s’applique à la négation, dans les formes prévues par elle, de certains crimes perpétrés en Allemagne durant le IIIe Reich. Une précision importante s’impose ici: la négation visée par la loi suisse porte sur des faits contingents1 et il appartient, s’agissant d’eux, aux historiens d’évaluer la recevabilité des opinions relatives à de tels faits. J’ajoute qu’à cet égard la religion musulmane nie la mort du Christ en croix, ceci indépendamment de sa divinité. Il n’empêche que cette négation est affirmée dans le but clairement démontré de dévaloriser le christianisme. La question se pose donc des rapports entre cette croyance et le délit de l’article 261 bis de notre code pénal. Mais passons…

François Fillon, que certains présentent comme un catholique traditionnaliste, a publiquement donné sa position sur la décriminalisation de l’avortement: il n’entend pas revenir sur cette évolution législative moderne dans son pays, bien qu’au nom de «sa» foi – et j’insiste ici sur la formulation subjectiviste de cette dernière – il réprouve l’avortement. Pour lui, cette question est une affaire d’opinion! C’est totalement faux!

En réalité, il s’agit bel et bien d’une forme de négationnisme, et des plus graves, car celle-ci ne porte pas sur un fait historique contingent mais bien sur un fait de nature, rigoureusement connaissable par tous: la qualité d’être humain du fœtus de l’homme.

Certes, avant sa naissance accomplie, le fœtus n’a pas la qualité de personne, raison pour laquelle le crime d’avortement a toujours été distingué du meurtre, qui est l’atteinte à la vie d’une personne humaine. Il n’empêche que le fœtus n’est pas une partie du corps de la mère qui pourrait en disposer comme de n’importe quel autre de ses organes.

Tous les partisans de la décriminalisation de l’avortement pratiquent en fait la forme la plus grave du négationnisme, et cela leur est nécessaire pour masquer la nature objective de l’acte dont ils prennent la défense et veulent  l’impunité.

Dans le but évident de confirmer cette perversion du sens moral dans les législations modernes, notamment celle de France, François Fillon n’hésite pas à dénaturer aussi l’acte de foi chrétien en en faisant une simple opinion subjective. C’est donc bien dans ce subjectivisme religieux qu’il faut voir le plus grave délire de l’esprit occidental moderne, incapable désormais de lutter efficacement contre la subversion des valeurs dont souffrent toutes nos démocraties. Un auteur, Claude Bruaire, a donné cette définition très pertinente de l’opinion, qui s’applique parfaitement au propos de François Fillon et en détruit toute l’autorité: «Quelle qu’elle soit, l’opinion est doublement incapable de tenir lieu de raison pratique: elle n’est point raison, elle n’est point action. Son unique fonction est d’opiner, non de gouverner. Certes, elle tient son prestige de la liberté. Mais d’une abstraite liberté, toute d’arbitraire, de gratuité. C’est pourquoi elle est oubli du moyen de la liberté: la justice effective, et la raison qu’elle appelle. Enfin, suscitant l’individualisme, l’opinion est nécessairement inclinée par les requêtes de l’individu, par le besoin et l’intérêt. Intérêt dissimulé puisqu’il conforte le négatif de l’arbitraire, sa fonction d’exclusion.»2

Michel de Preux

 

1 Le Petit Robert (éd. 1993) donne de l’adjectif contingent deux définitions: 1. Qui peut se produire ou non (opposé à nécessaire). 2. Sans importance; non essentiel. C’est bien entendu dans la première acception que ce mot est utilisé ici.

2 La raison politique, éd. Arthème Fayard, coll. Evolutions, Paris, 1974, p. 53.

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