Editorial

Il s’est produit récemment aux abords d’une école de Carouge(GE) un événement d’une extrême gravité, qui a mis en émoi des parents d’élèves, le maire de la commune et, bien entendu, les réseaux sociaux: une organisation évangélique a proposé des exemplaires du Nouveau Testament aux élèves – âgés de douze à quinze ans – du Cycle d’orientation de Drize1. Plus grave encore, les responsables de cette impardonnable atteinte à la laïcité ont agi sans autorisation. M. Nicolas Walder, maire de Carouge, a déploré, paraît-il, cette violation des règles les plus élémentaires, avant de préciser: «Et de toute manière, nous ne l’aurions pas délivrée[cette autorisation] pour une distribution de matériel religieux près d’une école (…). Comme nous aurions refusé l’autorisation à une entreprise qui démarcherait les élèves avec des produits gratuits.» Voilà qui incitera sans aucun doute la démarcheuse à demander une autorisation lors d’un prochain démarchage.

La Bible est donc réduite au rang de matériel, de produit, voire d’échantillon.

Au fait, pourquoi devrait-on interdire à des entreprises, bibliques ou non, de «[démarcher] les élèves avec des produits gratuits» aux abords de l’école? Les écoliers ne sont-ils pas constamment confrontés, dans leur vie quotidienne, au démarchage de mouvements divers? En période électorale, ne voient-ils pas, sur le chemin de l’école, des affiches parfaitement autorisées louer les vertus du parti de M. le maire et proposer en la personne de M. le maire lui-même un produit gratuit? Ne leur offre-t-on pas, si d’aventure ils se rendent sur un marché, le matériel gratuit relatif à telle votation ou aux actions de telle organisation de bienfaisance? Ne risquent-ils pas de rencontrer dans les rues des salafistes de l’organisation «Lis!» distribuant des exemplaires du Coran sans que les autorités, apparemment, n’y trouvent à redire?

Quant aux parents et internautes choqués, scandalisés, indignés et tous, bien entendu, ardents défenseurs de la liberté d’expression et de la liberté religieuse, ils devraient avoir vergogne de verser dans une hypocrisie qui, sous couleur de protéger la jeunesse, porte un coup à un seul type de démarchage, lequel se trouve être, comme par hasard, un démarchage chrétien. Ils devraient avoir honte aussi de partir du principe que des enfants de douze à quinze ans ne sont pas capables de refuser la Bible qu’on leur propose – on ne la leur impose pas – s’ils ne sont pas intéressés.

Mais peut-être craint-on qu’ils ne soient intéressés, justement.

Mariette Paschoud

 

1 http://www.20min.ch/ro/news/geneve/story/17854601.

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