Décadence intellectuelle (A propos de l’«affaire Fillon»)

En France, le candidat de la droite libérale, qui semblait bien parti pour devenir le prochain président de la République, a rapidement fait l’objet d’une campagne de lynchage médiatique orchestrée probablement avec l’aide de quelques magistrats qui ont discrètement alimenté leurs amis journalistes avec des informations connues de longue date et gardées au frais pour cette occasion.

M. François Fillon n’est certainement pas tout blanc. Pendant plusieurs années, son épouse a été rétribuée en qualité d’assistante parlementaire, alors que tout indique qu’elle n’a guère fourni de prestations dans cette fonction. «Emploi fictif», donc. Mais la rémunération en question, à ce que l’on dit, était de toute manière dévolue à M. Fillon: si celui-ci s’est privé de l’aide d’une assistante pour que sa femme puisse bénéficier de cet argent, cela ne devrait regarder que lui. Au pire, M. Fillon a fait exactement ce que font tous les politiciens français: il a largement usé des privilèges accordés à son statut politique. Il n’a toutefois établi aucun record en ce domaine, comparé à d’autres élus qui, eux, trouvent grâce aux yeux de l’honorable corporation des juges et des journalistes.

Il s’agit donc d’un banal règlement de comptes politique. Dans un système démocratique, tout candidat a vocation à être la victime des coups bas de ses adversaires. Pourtant, dans le cas de M. Fillon, il n’est pas exclu qu’y ait autre chose. Souvenez-vous qu’il a déclaré publiquement être catholique et l’assumer. A l’heure où même Marine Le Pen juge indispensable de s’afficher aux côtés de toutes les «minorités» à la mode, la déclaration de M. Fillon a dû être reçue par les membres de la nomenklatura française comme une provocation inouïe et comme un crime encore plus grave que tous ceux que l’on connaît.

Cette même déclaration nous avait d’ailleurs amené à penser que M. Fillon ferait, faute de mieux, un président assez acceptable.

***

Ce qui nous amène à en douter aujourd’hui, ce n’est pas ce dont on l’accuse, mais bien plutôt la manière pitoyable dont il s’est défendu.

Face aux attaques de la presse, M. Fillon aurait dû immédiatement chercher à «casser» la dynamique dans laquelle on voulait l’enfermer. Il aurait dû prendre l’offensive, s’adresser à la nation, avec une émotion et une sincérité non simulées, pour dire à ses compatriotes: «Oui, c’est vrai, comme tous mes collègues politiciens, j’ai profité du système. Je reconnais avoir eu cette faiblesse humaine, à une époque où je n’imaginais pas encore que j’aurais, un jour, la responsabilité de me présenter devant vous pour solliciter vos suffrages. Que celui qui n’a jamais péché me jette la première pierre… En attendant, je veux réparer ma faute en offrant la somme indûment touchée à telle œuvre charitable en faveur des Français démunis – et elle y sera plus utile que dans les coffres du ministère des finances!» Ç’aurait eu de l’allure. M. Fillon aurait eu l’étoffe d’un chef.

Au lieu de cela, il s’est contenté de bredouiller quelques contestations convenues et s’est laissé bousculer par les événements, puis, lorsqu’il était déjà trop tard, il a donné une conférence de presse où, les yeux sur ses papiers, il a lu d’une voix lasse les insipides excuses laborieusement rédigées par ses conseillers en communication. Un homme qui ne sait pas se défendre peut-il diriger un pays comme la France? Ou, plus prosaïquement: peut-il le diriger mieux que François Hollande?

***

Peut-on en vouloir à M. Fillon de nous décevoir, alors que de bien meilleurs que lui ne font pas mieux? La famille Le Pen s’entre-déchire et Marine se la joue moderne, démocrate et républicaine. Chez Trump, la guignolerie hollywoodienne semble parfois l’emporter sur la sagesse et la prudence. En Pologne, le gouvernement conservateur passe son temps à pérorer contre la Russie et à traquer les éventuels «collabos» d’il y a trente ans. Prions pour que Poutine ne nous déçoive pas lui aussi…

Mais peut-être le maître du Kremlin est-il heureusement trop à l’Est pour être atteint par ce mal dramatique qui ronge les Etats occidentaux: la baisse du quotient intellectuel moyen! Comment ne pas faire le lien, en effet, entre le niveau de plus en plus affligeant de nos congénères actuels – que ce soit aux étages les plus élevés ou les plus modestes de la société – et ce constat, qui a récemment fait les gros titres de la presse: «De plus en plus d'études pointent la même inquiétante tendance: à peu près partout dans le monde occidental, le quotient intellectuel moyen de la population baisse dangereusement depuis une quinzaine d'années.»1 Les Britanniques auraient perdu quatorze points de QI depuis la seconde révolution industrielle, et les Français quatre en une décennie seulement.

Et comme ces tests sont réalisés par des scientifiques occidentaux (non seulement scientifiques, mais en plus occidentaux, donc souffrant d’un QI en constante diminution), il n’est pas exclu que le phénomène soit encore plus grave qu’on ne nous le dit…

Pollux

 

1 Par exemple sur http://www.lesechos.fr, 27 janvier 2017.

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