Canard boiteux

Il est normal qu’un journal, le Canard enchaîné en l’occurrence, fasse état des informations que lui servent des gens malveillants. On peut trouver normal qu’il exploite lesdites informations au maximum, qu’il en tartine des pages et des pages au fil des éditions, qu’il se transforme en traqueur patenté et fier de l’être comme il l’a fait dans le cas de l’«affaire» Fillon.

Mais la simple décence voudrait alors qu’il ne se plaigne pas, tout en faisant semblant d’en rire, de l’avalanche de lettres indignées, voire franchement injurieuses et même carrément menaçantes, dont est abreuvée sa rédaction.

Le Canard se pique d’indépendance et de non-conformisme. Il est vrai qu’il s’en prend aux politiciens de toutes tendances et de manière parfois assez drôle, avec leur accord tacite probablement – qu’importe qu’on dise du mal d’eux, pourvu qu’on ne les oublie pas. Mais, depuis que je lis cet hebdomadaire, je ne l’ai jamais vu se lancer dans une impitoyable chasse à courre contre une personnalité politique de gauche.

Ce fameux «journal satirique» est en fait d’une parfaite correction politique sitôt qu’il quitte le domaine des attaques ad personam. Par exemple, ayant découvert que le jeune Théo, malmené par des policiers et honoré d’une visite du président de la République, était fortement soupçonné d’avoir participé à une vaste escroquerie, il titrait le 1er mars: Coupable peut-être, victime sûrement. En effet, le gardien de la paix censé avoir gravement blessé ce bon jeune homme aurait reconnu avoir porté à celui-ci un violent coup de matraque «en forme d’estocade» et avoir été de ce fait «certainement» responsable de sa blessure anale. En réalité, il n’y a aucune preuve, mais il ne saurait être question d’admettre qu’un possible délinquant congolais puisse être autre chose qu’un victime; qu’un policier français placé dans une situation difficile voire dangereuse puisse être autre chose qu’un coupable.

On attend avec impatience le moment où le «Volatile» titrera à propos de François Fillon –  soupçonné d’un délit financier et victime, compte tenu du traitement politique et médiatique qu’il a subi, de sérieuses blessures morales: Coupable peut-être, victime sûrement.

Gageons que le courageux, mais pas téméraire hebdomadaire se gardera de tomber dans l’hérésie.

C’est d’ailleurs la condition de sa survie.

M. P.

Thèmes associés: Médias - Politique française

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