Psychodrame turc

C’est une raison de plus pour la Suisse de renoncer définitivement aux projets d’adhésion à l’Union européenne: les membres de cette union sont divisés et même incohérents sur le sujet de la liberté d’expression.

Un ministre turc veut rendre visite aux différentes communautés turques expatriées en Europe afin de leur prêcher la bonne parole avant la prochaine votation sur le renforcement des pouvoirs du président.

L’Autriche, l’Allemagne et les Pays-Bas s’opposent à la visite de ce ministre, non pas pour des motifs de sécurité, mais par opposition au discours prévu. La France, en revanche, autorise la réunion planifiée et les autorités suisses déclarent qu’elles respecteront la liberté d’expression dans ce cas, comme elles l’ont tolérée lors de manifestations kurdes, et que les limites de cette liberté ne consisteront qu’en la protection de l’ordre public.

Un tel discours est à la fois habile et hypocrite, car il sera toujours possible de craindre un trouble à l’ordre public, surtout si les adversaires de la libre expression proclament qu’ils vont manifester, et donc de brimer la liberté pour satisfaire ses adversaires fauteurs de troubles annoncés.

Il fallait être clair sur deux points:

D’abord, les pays membres de l’Union européenne, conformément à leurs principes constitutionnels, autorisent la visite du ministre turc et assurent sa sécurité. Aucune entrave ne sera mise à sa liberté d’expression.

Mais secondement, les membres de l’Union européenne, considérant l’évolution de la Turquie et la manière avec laquelle les autorités de ce pays respectent la liberté d’expression de leurs propres ressortissants, s’opposent fermement à la candidature de la Turquie à l’Europe et mettent fin à toute négociation dans ce sens, ainsi qu’à toute contribution financière versée dans ce but.

Claude Paschoud

Thèmes associés: Immigration - Politique fédérale - Politique internationale

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