Editorial

La Confédération, c’est bien connu, est habitée par le complexe du petit, qui compense sa courte taille par des comportements propres à attirer l’attention sur lui et à lui valoir la considération des «grands».

D’autre part, elle n’aime rien tant que les stratégies à long terme.

Aussi a-t-elle élaboré une «Stratégie énergétique 2050» qui devrait remplir de joie le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et les acteurs des conférences internationales sur le climat.

La première manifestation de cette fameuse stratégie est une révision complète de la loi sur l’énergie (LEne).

La nouvelle loi, «qui vise à réduire la consommation d’énergie, à améliorer l’efficacité énergétique et à promouvoir les énergies renouvelables»1, sera soumise au peuple le 21 mai, le référendum lancé ou soutenu par divers partis et associations ayant abouti.

Il est fort probable, à en croire les sondages, que la nouvelle (LEne) sera approuvée par les citoyens. Ce n’est pas étonnant.

Le débat sur le réchauffement climatique et ses causes étant largement étouffé, les gens jugent en majorité inéluctable la catastrophe qu’on leur prédit si des mesures draconiennes ne sont pas prises en matière d’économies d’énergie et de renouvellement des ressources énergétiques, mesures qui passent par la suppression, à terme, des centrales nucléaires.

Les réserves qu’on peut émettre à propos de cette loi s’appliquant évidemment à toute la «Stratégie énergétique 2050», nous nous concentrerons sur cette dernière. D’autre part, nous éviterons les aspects techniques, économiques et financiers, faute de compétences. Mais il y a d’autres choses à considérer.

La «Stratégie énergétique 2050» voit beaucoup trop loin et postule que l’évolution du climat et celle des ressources énergétiques sont connues et fixées une fois pour toutes. Elle part du principe que les dogmes à prétention scientifique du GIEC constituent des vérités irréfutables, en dépit des voix «sacrilèges», mais crédibles, qui s’élèvent pour contester la validité de ces axiomes. D’ailleurs, ces voix, on les étouffe, on les condamne ou on les ignore, au lieu de leur répondre. N’aurait-on donc rien à rétorquer à des scientifiques qui contestent ou, à tout le moins, minimisent le rôle de l’homme dans le changement climatique?

La «Stratégie énergétique 2050» se veut globale, quand bien même elle sera introduite par étapes. Sa démarche est donc l’inverse de ce qui devrait se faire. Certes, gouverner c’est prévoir. Encore faut-il pouvoir faire preuve de prévoyance dans des délais qui permettent de corriger les erreurs d’appréciation, de s’adapter à des circonstances nouvelles ou de changer carrément son fusil d’épaule en cas de besoin, sans devoir modifier à tout bout de champ la stratégie et la loi.

Le Conseil fédéral souhaite réduire notre dépendance à l’égard de l’étranger en promouvant les énergies renouvelables indigènes. Voilà un but auquel peut adhérer même un «climato-sceptique», surtout s’il est partisan d’une défense nationale forte. En effet, en cas de conflit,  une autarcie énergétique serait des plus précieuses. Mais alors, il faudrait refaire de l’armée suisse une institution apte à défendre l’indépendance du pays, ne serait-ce que par souci de cohérence.

Il nous paraît que, dans l’état actuel des choses, il est urgent d’abandonner une stratégie élaborée dans la précipitation à la suite de l’accident de Fukushima, qui avait fait perdre les pédales à Mme Doris Leuthard et à ses collègues, suivis immédiatement par le Parlement.

Nous voterons «non» à la LEne, conséquence d’une «Stratégie énergétique 2050» issue de la panique et de la soumission à l’énergétiquement correct.

Mariette Paschoud

1 Explications du Conseil fédéral sur la votation du 21 mai, p. 3

Thèmes associés: Economie - Environnement - Politique fédérale

Cet article a été vu 3178 fois

Recherche des articles

:

Recherche des éditions