Moi candidat…

Les Français s’apprêtent à choisir leur nouveau souverain – parmi la poignée de candidats qu’on veut bien leur présenter. Les médias ne parlent que de cela, avec un ravissement déconcertant. En deçà du Léman, les Vaudois s’apprêtent à élire leur nouveau parlement. A chaque coin de rue, les notables locaux affichent en trois exemplaires leurs sourires empruntés et leurs slogans patauds. C’est la saison des élections.

Je ne suis pas démocrate. Je m’en félicite chaque jour davantage en assistant à cette valse de médiocres prétendants, qui multiplient courbettes et promesses dans l’espoir d’accéder à un pouvoir que la plupart d’entre eux n’envisagent que sous l’angle du prestige et des honneurs, en repoussant à un futur indéfini toute réflexion quant aux responsabilités qui s’y rattachent.

Je ne suis pas démocrate… et pourtant, lorsque j’entends ces politiciens français réciter leur programme présidentiel, je me prends parfois à rêver de ce que je dirais, moi, si j’étais à leur place; de ce que je ferais si j’étais moi-même candidat. Quelles promesses ferais-je? Quel serait mon programme?

Transformer complètement la société, brutalement, pour qu’elle corresponde enfin à mon idéal? Chasser ou embastiller tous ceux dont le comportement est contraire à mes principes, ou dont la tête ne me revient pas? Décréter comment les gens doivent vivre, comment ils doivent être? Leur coller des badges avec ce slogan: «Ressemble à mes potes ou barre-toi»? Plaisant projet, mais dont je ne suis hélas pas sûr qu’il séduise une majorité d’électeurs. Et puis, sa réalisation déclencherait probablement une quasi-guerre civile et nécessiterait un pouvoir dictatorial. Je ne réprouve pas a priori la dictature, mais je crains que ce ne soit jamais un régime durable. Les dictatures tentent généralement d’imposer de nombreux changements, puis finissent par en déclencher d’autres, involontairement, qui les anéantissent. Moi, je n’aime pas les changements. La société dont je rêve est stable et paisible, l’évolution y est lente, pour laisser à chacun le temps de s’y adapter. A quoi bon évoluer si l’on n’a jamais le temps de profiter d’une évolution avant de subir la suivante? Et puis, je n’aime pas beaucoup me mêler des affaires des autres; d’abord parce que ça ne m’intéresse pas, ensuite parce que j’ai horreur que d’autres se mêlent de mes affaires.

En fait, plus j’y réfléchis, plus je me dis que mon programme consisterait à promettre à mes concitoyens d’en faire le moins possible; de me faire discret et de ne prendre aucune décision qui ne soit absolument indispensable; de n’adopter aucune nouvelle loi ni aucune nouvelle réglementation sans impérieuse nécessité; de gérer les affaires courantes en veillant à l’ordre public et à l’absence de guerre et, pour le reste, de laisser vivre les gens comme ils l’entendent tant qu’ils ne troublent pas l’ordre public; de les laisser vaquer à leurs occupations sans les harceler avec d’incessants changements.

Il y a comme un paradoxe: la plupart des candidats, qui se sentent pourtant relativement à l’aise dans la société actuelle, promettent, dans leur programme, de changer le monde. Moi qui n’aime pas le monde moderne et qui rêve d’une société différente, je promettrais plutôt de changer le moins de choses possible. Car le changement est un facteur de désordre, de tensions, de conflits, de frustrations, d’inquiétudes. Et lorsqu’un changement est nécessaire, il se fait de toute manière sans l’aide de la politique. La société change, la technique change, les métiers changent; la politique, elle, doit être un facteur de stabilité.

Bien sûr, il y aurait beaucoup à faire pour rendre la société plus saine. Mais ce qui doit changer changera lentement, progressivement, par persuasion plutôt que par interdictions ou obligations. Il faut poser les bons jalons, pousser la société dans une meilleure direction, mais avec douceur et délicatesse, pour ne pas la diviser ni la braquer, et pour que l’amélioration soit profonde et durable.

En résumé: votez pour moi et je vous ficherai une paix royale!

Royale? J’ai écrit ce mot sans y penser… Mais voilà peut-être l’essence d’un bon programme politique!

Pollux

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