«No Billag»

L’initiative Oui à la suppression des redevances radio et télévision, appelée aussi «No Billag», va être soumise au peuple et aux cantons, puisqu’elle se présente sous forme d’une modification constitutionnelle.

Comme il fallait s’y attendre, elle a suscité une forte opposition non seulement de la Société suisse de radiodiffusion et télévision (SSR), mais aussi du Conseil fédéral, du Conseil des Etats unanime et du Conseil national. Le monde politique n’aime pas le changement.

L’argument essentiel en faveur du rejet de l’initiative est que «la suppression des redevances de réception ne permettrait plus ni à la SSR, ni aux diffuseurs privés de remplir leur mandat. La diversité de l’offre et des opinions s’en trouverait fortement réduite. Or la Suisse a besoin d’un service public de qualité dans toutes les régions linguistiques».

Un tel argument est pour le moins insolite: en s’attaquant à un quasi-monopole de l’information, on provoquerait une forte réduction de la diversité de l’offre! Un enfant de douze ans s’apercevrait qu’on se moque de lui.

La réalité est plus simple: actuellement, la radio et la télévision sont dans les mains d’une société (privée), la SSR, financée à plus de 90% par la Confédération, par le truchement de la célèbre redevance obligatoire payée à Billag. Les 451,10 francs encaissés par ménage par Billag sont versés à la SSR (1,235 milliard) et le reste, quelques miettes, à trente-quatre radios locales.

Quelles seraient les conséquences d’une acceptation de l’initiative? La mort de la SSR, comme l’affirme son nouveau directeur Pascal Crittin?

Le comité d’initiative s’exprime comme suit:

L’initiative No-Billag  ne demande pas la suppression de la SSR – contrairement à ce qui est  prétendu de manière malhonnête – mais seulement la suppression de la coercitive redevance Billag. La SSR n’est pas mentionnée dans le texte d’initiative. Si l’initiative est acceptée, la SSR devra se financer de façon autonome, comme la large majorité des entreprises de notre pays. Si une demande pour leurs divers programmes existe, la SSR ne devrait point avoir de peine à rencontrer le succès nécessaire pour continuer d’exister. La SSR pourrait se financer, en plus de la publicité, par la mise en place d’un abonnement payant.

Si l’initiative était acceptée, ce ne signifierait pas la mort de la SSR, mais une profonde réorganisation de ses structures, de sa hiérarchie, de ses objectifs, de ses ambitions et de la rétribution de ses dirigeants.

La radio et la télévision d’Etat, c’est-à-dire financées presque exclusivement par l’Etat, sont-elles réellement un service public, comme le sont la police, l’entretien des routes ou le financement des écoles? On admet que les routes et les écoles doivent être financées par les impôts de chacun, même de ceux qui n’ont pas d’automobile et pas d’enfants. La radio et la télévision doivent-elles être payées par ceux qui n’écoutent pas, ne regardent pas, au motif qu’ils possèdent chez eux un appareil (généralement un ordinateur) qui leur permettrait d’accéder à ces services?

Est-il bien raisonnable que je finance une entreprise de presse qui gère dix-sept radios et sept chaînes de télévision, alors même que je n’écoute que La Première le matin et RTS 1 certains soirs? Pourquoi ma redevance doit-elle servir principalement à acheter des droits de retransmissions sportives, alors même que je ne regarde aucun sport à la télévision?

La SSR est semblable à un diététicien qui aurait convaincu le Conseil fédéral de faire livrer à chaque ménage suisse, chaque semaine, et moyennant une redevance fixe, un panier de nourriture équilibrée, comprenant viandes, fruits et légumes en quantité idéale. Un cocktail parfait de lipides, de glucides et de vitamines. Voilà un service public de qualité!

Et que le végétarien ne vienne pas exciper de sa non-consommation de viande pour obtenir un rabais: s’il reçoit le panier, il pourrait le consommer. Tant pis pour lui s’il n’en profite pas entièrement!

Si l’information en général et notamment la presse sont des éléments indispensables à la formation de l’opinion, ce rôle de service public est assumé par l’ensemble des médias, et non par la SSR exclusivement. Chacun doit être libre de s’abonner aux sources qu’il veut privilégier. Je regarde les chaînes de télévision françaises, en sachant qu’elles appartiennent toutes à une dizaine de milliardaires amis de MM. Sarkozy, Fillon et Macron. Je lis le Canard enchaîné chaque mercredi matin, qui n’est pas à la solde des annonceurs; je lis chaque semaine l’Antipresse, les Observateurs, Domaine public et quelques autres; je peux m’abonner à Mediapart comme je m’abonnerais, si la SSR devenait un fournisseur privé d’émissions payantes, aux émissions politiques et aux retransmissions d’opéras italiens.

Je défends la même vision pour l’enseignement, et j’ai soutenu le principe du bon scolaire. J’approuve le principe de la vignette autoroutière qui n’est obligatoire que pour ceux qui fréquentent les autoroutes.

Je voterai oui à la suppression de la redevance!

Claude Paschoud

Thèmes associés: Médias - Politique fédérale

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