De Gaulle

On a dit de la droite française qu’elle était la plus bête du monde. Si ce n’est évidemment pas le cas de ses penseurs les plus célèbres, Bonald, Joseph de Maistre ou Charles Maurras, entre autres, ce le fut à coup sûr des Français d’Algérie et de l’armée, de quelques officiers généraux, dont le fondateur de la Ve République se moqua ouvertement en les qualifiant de «quarteron de généraux en retraite» (Schalle, Jouhaud, Zeller et Salan, auteurs du fameux «putsch d’Alger»).

Et pourtant tous étaient avertis par De Gaulle en personne, pour peu qu’ils aient fait l’effort de lire son essai Le Fil de l’épée, dans lequel il écrivit ceci: «L’homme d’action ne se conçoit guère sans une forte dose d’égoïsme, d’orgueil, de dureté, de ruse»… Son accès au pouvoir en 1958, appelé par Salan, les méandres de sa politique algérienne, où la duplicité ne faisait certes pas défaut, masquaient, dans le sillage de la résistance et de l’appel de juin 1940 à Londres, sous un langage fièrement patriotique, un machiavélisme terrifiant. On se souvient du fameux «Je vous ai compris» prononcé à Alger pour enliser l’affaire algérienne tout en donnant  provisoirement l’apparence de défendre l’Algérie française!

De Gaulle, certes, voyait juste lorsque, se référant à la démographie, il constatait que huit millions d’Algériens de souche, tous musulmans, ne pouvaient devenir Français sans déstabiliser à terme la métropole. Toutefois, voyant clair, De Gaulle a différé le problème de l’immigration d’Afrique en France, mais il ne l’a en rien résolu! Ce problème intéresse désormais l’Europe entière. Mais la motivation de son action politique, soigneusement cachée à  l’époque, notamment par la recherche d’une victoire militaire sur le FLN en Algérie, finit tout de même par se révéler dans son cynisme lors des accords d’Evian.

Son comportement à  l’égard des harkis (Algériens de souche berbère ou arabe ayant combattu aux côtés des Français de souche et de l’armée française) fut d’une immoralité consommée. Il les abandonna au massacre en Algérie et, pour ceux qui avaient pu fuir en métropole, les confina dans de véritables ghettos infamants.

Où est l’honneur d’une nation qui traite de la sorte ceux qui consentirent à verser leur sang pour elle? De Gaulle, figure historique et moderne de l’honneur national, a néanmoins terminé sa carrière politique en léguant à la France un discrédit qui lui interdira longtemps encore de s’ériger en moteur de l’histoire et en exemple de grandeur dans l’action politique.

De Gaulle a légué à son pays le vide spirituel dans l’action publique d’un Etat, l’indifférentisme moral, sous un patriotisme de façade maintenu par un usage aussi habile que constant du verbe haut, qui n’a jamais cessé de faire impression.  

Michel de Preux

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