Pauvre France

On avait espéré un débat de fond sur les grands enjeux économiques, politiques et sociaux qui attendaient la France et l’Europe ces cinq prochaines années. Bien sûr, on savait Marine Le Pen faible, mais on la croyait capable d’interpeller son adversaire sur l’immigration de peuplement incontrôlée, le Grand Remplacement, sur la famille, sur la sécurité, bref sur des sujets qui n’intéressent pas le grand capital dont Pinocchio Macron est la marionnette charmante, mais qui préoccupent néanmoins beaucoup de Français.

Trois fois hélas! Ceux qui comme moi et pour mon malheur se sont infligés le Grand Débat entre les deux finalistes de la présidentielle française en ont été sévèrement punis. Les deux journalistes ont été lamentables, sans autorité et sans méthode. Ils se sont révélés proprement ridicules. Le fondateur du mouvement En Marche a été très bon, professoral et légèrement méprisant, compétent et calme, confiant dans la puissance de ses maîtres qui possèdent l’argent, la presse et les réseaux.

Lorsqu’on est la créature des maîtres du monde, on n’a guère de souci à se faire dans une élection locale à l’échelle de la planète. Le résultat final ne pouvait faire de doute, mais on espérait néanmoins de la candidate patriote une prestation de qualité.

Mme Le Pen a été catastrophique. Dans un récent éditorial1, l’hebdomadaire parisien Rivarol, généralement jugé très à droite, a décrit le vrai visage de Mme Le Pen comme suit: «Une insupportable vulgarité, une incompétence et une inculture abyssales, une bêtise à front de taureau qui n’a d’égale que son mépris ricanant, ses rictus grotesques (…) un vide doctrinal sidéral(…)»

Elle a perdu immédiatement plus de sept points dans les intentions de vote et il est vraisemblable que de nombreux indécis, partisans de Fillon, de Mélenchon, de Dupont-Aignant, ou d’autres «petits candidats» du premier tour, et qui envisageaient de voter pour elle contre la mondialisation ou contre l’Union européenne, sont partis à la pêche dimanche dernier ou ont voté blanc.

Il y a plus grave pour Jean-Marie Le Pen, à qui rien n’aura été épargné, et pour l’ensemble de la droite française. Les Républicains sont divisés, le Parti socialiste est mort, le communiste trotskyste Mélenchon est fâché contre les communistes staliniens du PC et le Front national a explosé. Lasse d’être traitée comme une gamine indisciplinée, Marion Maréchal Le Pen quitte le navire. Marine s’accroche alors même que sa ligne politique est vivement contestée à l’interne, ce qui l’a conduite à opérer des purges qui la privent peu à peu de ses meilleurs éléments. Il ne restera bientôt autour d’elle et de son nouveau mouvement patriote que des esclaves dociles et sans relief.

Je serais surpris que le FN (ou quel que soit son nom futur) puisse gagner plus de trente-cinq à quarante députés aux législatives. Gain dérisoire de la «dédiabolisation»: tant de fidèles exclus, tant de reniements, tant de promesses oubliées pour ça!

Les vrais patriotes ne font plus le poids. Comme l’écrivait Sade dans Les infortunes de la vertu: «La vertu, telle belle qu’elle soit, quand malheureusement elle devient trop faible pour lutter contre le vice, devient le plus mauvais parti qu’on puisse prendre, et dans un siècle entièrement corrompu, le plus sûr est de faire comme les autres.»

Dans son ensemble, le personnel politique français a compris où est la soupe. Ceux qui n’y ont pas encore goûté, ces nouveaux venus de la société civile, vont vite comprendre et feront comme les autres. Rien ne va changer fondamentalement: dénatalité par encouragement de l’IVG remboursée, immigration de peuplement sans frein, zones de plus en plus nombreuses de non-droit républicain, insécurité dans les quartiers désertés par la police, PME et artisans lourdement taxés, agriculteurs ruinés, code du travail pléthorique et sclérosé, déficits publics abyssaux, chômage croissant…

Le nouveau président de la France est en marche. Mais vers quoi? Il est peu probable qu’on le suive pendant cinq ans s’il marche dans les pas de ses parrains Attali, Rothschild, Minc et Cie. Mais que faire avec une main d’œuvre qui ne veut pas travailler plus de trente-cinq heures par semaine et qui exige la retraite à soixante ans!

Pauvre France!

Claude Paschoud

 

1 Rivarol n° 3282 du 11 mai 2017.

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