Eglise errante

Dans le numéro 6 (mai 2017) de Réformés, nouveau journal des Eglises réformées romandes, Gilles Bourquin, co-rédacteur en chef, docteur en théologie systématique de l'Université de Lausanne et pasteur à Delémont, consacre son éditorial aux Mille manières de vivre l’Evangile.

«Leur attachement aux traditions», nous dit-il, «n’empêche plus les Eglises réformées romandes d’explorer d’autres pistes communautaires et spirituelles: cafés théologiques, cultes cinéma, lieux de partage, groupes de soutien aux réfugiés, centres de méditation, pèlerinages, etc. Toutes ces offres ne sont pas nouvelles, mais leur nombre explose. Ce regain de créativité est très réjouissant!»

Nous apprenons plus loin que, selon les dirigeants des Eglises cantonales, «une part du financement actuellement attribué aux activités traditionnelles des paroisses, dont l’impact social est désormais très faible, devrait être investie dans des projets innovants», lesquels permettraient «d’impliquer davantage les participants et [de] faire davantage appel à leur créativité, afin que ces derniers s’y sentent plus engagés qu’assis sur des bancs d’Eglise».

D’ailleurs, les mêmes autorités «ne considèrent plus le culte dominical comme un symbole d’unité représentant la foi de toutes les personnes de confession réformée (…)». Mais qu’on se rassure: «L’option choisie par les Eglises réformées romandes (…) ne consiste pas à abandonner les paroisses ni à supprimer les cultes dominicaux, mais à les intégrer dans un ensemble plus vaste d’activités. (…)»

Abandonner les paroisses? Vous n’y songez pas! On va simplement leur couper les vivres, réduire le temps que les pasteurs peuvent leur consacrer et renoncer progressivement à remplacer les ministres qui s’en vont.

Supprimer le culte dominical? Il n’en est pas question non plus. Il s’agit juste «d’articuler le spirituel à d’autres dimensions de l’existence»; de «rallier la vie chrétienne à des objectifs écologiques», par exemple.

Je trouve l’attitude des Eglises réformées romandes à l’égard des paroisses particulièrement insultante.

Elle est insultante pour les pasteurs, nombreux, qui considèrent que la transmission de la Parole doit se faire avant tout dans un lieu de culte et accessoirement seulement dans des cafés théologiques ou des groupes de soutien à quelque noble cause à impact social; pour ces pasteurs qui, s’ils sont parfaitement capables de faire preuve de créativité, ainsi qu’en témoigne la paroisse à laquelle j’appartiens, ne jugent pas pour autant le culte dominical comme une bête activité parmi d’autres, mais au contraire comme l’élément central de la vie de l’Eglise, celui où l’on prêche, baptise et communie; pour ces pasteurs qui déploient tant d’efforts, en dépit des obstacles, afin de maintenir, développer et pérenniser la vie de leur paroisse.

Elle est insultante pour les conseils paroissiaux, dont les membres consacrent des heures à soutenir les pasteurs et à assurer la bonne marche des paroisses, en faisant preuve bien souvent d’une réjouissante créativité, même si leurs objectifs ne consistent pas à se mêler de choses qui ne les regardent pas.

Elle est insultante pour les paroissiens, dont l’engagement est implicitement mis en doute, sous prétexte qu’ils viennent s’asseoir sur des bancs d’églises le dimanche matin.

Les Eglises réformées romandes courent après des chimères. Elles s’imaginent qu’elles attireront ou récupéreront des fidèles en renonçant à leur mission, qui n’est pas de se mêler de questions politiques, économiques ou écologiques, mais bel et bien d’annoncer l’Evangile sans se soucier de le moderniser.

Nous vivons une époque de crise religieuse. Quelles qu’en soient les causes, c’est un fait. Ce n’est pas en poursuivant des objectifs qui divisent et en dispersant les forces des croyants qu’on remédiera à cette regrettable situation.

M. P.

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