Déstabiliser les masses

«Les principes sur lesquels s’appuie le monde civilisé n’existent pas pour l’homme moyen actuel. Les valeurs fondamentales de la culture ne l’intéressent pas; il ne leur est pas solidaire; il n’est nullement disposé à se mettre à leur service.»

José Ortega y Gasset: La révolte des masses, p.135.

Emmanuel Macron a voulu moraliser la vie politique de son pays. Mal lui en a pris! Cela fait plusieurs semaines après son élection à la tête de l’Etat que, quotidiennement, la presse, principalement audiovisuelle, nous abreuve de détails censés révéler la malhonnêteté de l’un de ses ministres, Richard Ferrand, sans qu’aucune inculpation ne vienne fonder de tels soupçons. Certes, une inculpation pourrait survenir d’un jour à l’autre. Mais tel n’est toujours pas le cas… Il y a, certes, ouverture d’une enquête préliminaire, mais la position du premier ministre est claire: sans mise en examen, il n’y a pas, objectivement, obligation de quitter le gouvernement. Cette position est parfaitement défendable. La presse ne se tait pas pour autant. Au contraire, elle s’acharne.

Je ne vais pas ici juger sur le fond, mais ce dont je suis absolument certain, c’est que le délit, s’il était avéré, n’est pas d’une gravité telle qu’il justifie, de la part des médias, un tel acharnement. On songe indubitablement, à propos de cette affaire, à la paille dans l’œil de la personne dénoncée et à la poutre dans ceux des dénonciateurs.

Car enfin, qu’y a-t-il de plus grave qu’un meurtre? L’avortement en est un. Entend-on la presse le répéter avec acharnement, et ce jusqu’à ce que sa critique de la décriminalisation de ce crime s’impose à l’attention du public et soit suivie d’effet? Non seulement elle s’est toujours tue sur le sujet, mais son silence est volontaire, obstiné.

Nous avons donc affaire non à des personnes soucieuses de moralité, mais à de parfaits hypocrites saisissant une occasion politique pour se poser en redresseurs de tort, et ceci est proprement insupportable.

Comment faire passer cette vérité? En usant à leur encontre du même procédé dont ils se servent à l’encontre du ministre Richard Ferrand: répéter indéfiniment et en toutes occasions que 1’avortement est le meurtre d’un être humain innocent et sans défense, dont la décriminalisation ne s’explique que par la volonté perverse de justifier une liberté dénaturée, que ces hypocrites ne veulent à aucun prix reconnaître telle, et ceci en vertu d’un acharnement idéologique qui n’a rien à envier à ceux des pires Etats despotiques que l’Europe a connus au XXe siècle.

Michel de Preux

Thèmes associés: Ethique - Politique française

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