Fin de la démocratie parlementaire française

Au moment où ce numéro du Pamphlet sera mis en ligne, le deuxième tour des législatives en France aura scellé le sort des partis traditionnels: les socialistes et les républicains auront pratiquement disparu de l’Assemblée et les «marcheurs» du président auront vraisemblablement une majorité absolue, peut-être même sans l’apport des députés du MoDem.

Cette déroute sans précédent suscitera des rancœurs et il sera tentant de désigner des coupables. Du côté socialiste, c’est Hollande qui sera le plus souvent pointé du doigt, à cause de son bilan décevant, mais aussi Hamon et ses frondeurs, Valls le psychorigide ou Cambadélis l’amiral par beau temps. Chez les républicains, c’est Fillon qu’on pendra haut et court, pour s’être obstiné sans espoir après les révélations sur l’emploi (présumé) fictif de son épouse et ses costumes offerts.

On en voudra aussi aux abstentionnistes du premier tour.

Mais le mal (s’il s’agit vraiment d’un mal) est plus profond et la quasi-disparition des deux formations qui ont gouverné la France pendant cinquante ans marque la fin probable du système parlementaire français.

On observe d’abord que depuis la loi du 11 mars 1988 les partis politiques, comme les grands syndicats, sont presque entièrement financés par le contribuable, et non par leurs membres1.

On adhère à un parti et on brigue un mandat électif pour les avantages matériels que ces choix impliquent plus que par conviction patriotique. Le personnel politique français était constitué dans son immense majorité – avant les dernières élections – de citoyens qui n’avaient jamais exercé un métier dans la société civile.

Sorti des grandes écoles et de l’ENA, le petit jeune homme devenait attaché parlementaire rétribué dans la suite d’un député ou d’un sénateur, puis conseiller dans l’équipe d’un sous-secrétaire d’Etat, puis vice-directeur de cabinet d’un ministre, avant d’être «remarqué» et placé dans une sinécure grassement rétribuée, bien entendu aux frais de l’Etat. S’il parvenait à se faire élire à l’Assemblée, c’était le jackpot2!

La déroute historique des partis traditionnels et la forte abstention du premier tour marque à mon avis un tournant dans la manière dont le peuple ressent la démocratie parlementaire. On ne s’y reconnaît plus. On n’y croit plus. Non seulement ces gens-là, qu’on envoie siéger à Paris, ne nous représentent pas mais ils ne nous comprennent pas et d’ailleurs certains d’entre eux, parachutés dans notre circonscription, ne nous connaissent même pas. Ils vont à la soupe et ils se goinfrent.

La vague macronienne est une ultime tentative de sauver le système. Puisque les partis ont échoué dans presque tous les domaines, essayons le parti unique. Plus de droite ou de gauche, on marche tous derrière le gourou qui a su nous rassembler. Mais il ne faudra pas attendre longtemps avant de constater qu’on ne marche pas tous au même rythme, du même pas, et peut-être même pas dans la même direction. Les disciples de Macron se sont contentés du slogan «Qu’importe où l’on va, marchons résolument», mais cet enthousiasme sera rapidement insuffisant. Les députés élus sous l’étiquette de la République en marche vont se scinder en chapelles, sensibilités, tendances, qui seront les clones des anciens partis.

A moins d’un coup d’Etat constitutionnel, Macron échouera, car n’est pas Napoléon Bonaparte qui veut, et même si le nouveau président a l’appui des banquiers et l’intention de gouverner par ordonnances et décrets, rien ne permet de supposer qu’il a le projet de nous jouer un nouveau 18 brumaire. Et c’est dommage!

Car la démocratie parlementaire a démontré ses limites, et même ses tares congénitales. Un régime fondé sur le gouvernement personnel et sur la participation de la société civile, des corps de métiers, des corporations et des différents lobbies qui œuvreraient à visage découvert serait sans nul doute infiniment préférable à la situation actuelle, où personne n’est responsable de rien, où l’Europe, berceau du christianisme, est submergée de migrants musulmans inassimilables, où les paysans ne peuvent vendre le produit de leurs efforts qu’au-dessous de son prix de revient, où les pauvres ne peuvent se permettre d’être malades et où de fieffés coquins sont régulièrement réélus maire, conseiller général ou député.

Ce qu’il faut à la France, c’est un roi, ou un régent, et des Conseils qui représentent les divers intérêts (professionnels, économiques, religieux, etc.), mais pas des partis. Ce n’est pas l’Etat qui financerait ni ces Conseils ni les syndicats, mais ceux qui souhaitent se faire entendre du régent. Et celui-ci prendrait ses décisions, après avoir entendu ses Conseils, grâce à une synthèse des intérêts divergents sur un plan supérieur, par une décision souveraine. Mais je rêve!

Claude Paschoud

 

1 Ces contributions sont réparties en deux fractions: la première récompense le parti en fonction des candidats ayant obtenu chacun au moins 1% des voix exprimées aux législatives dans au moins cinquante circonscriptions. En 2015, le parti socialiste avait obtenu un montant de 10'024'046,06 € soit 1,26 € par candidat. La deuxième fraction rétribue le parti pour le nombre d’élus: pour le parti socialiste en 2015: 14'859'882,69 € soit 37'525 € par élu, député ou sénateur. Ces montants sont acquis au parti et s’ajoutent à la rétribution de chaque parlementaire.

2 Un député perçoit 7'185,60 € brut d’indemnité, à quoi s’ajoutent une indemnité de 5'840 € pour «frais de mandat» et une somme de 9'618 € pour la rétribution de ses attachés parlementaires. Son salaire personnel est donc de 13'025 € alors que le SMIC est à 1'480 € brut. S’y ajoutent l’attribution d’un bureau, d’un abonnement SNCF première classe, de la franchise d’affranchissement et de téléphone, et plusieurs autres avantages.

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