Théologie aux pieds palmés

Le Canard enchaîné trouverait le pape François plutôt sympathique si celui-ci ne s’obstinait pas à considérer l’avortement comme un péché grave, à s’accrocher au célibat des religieux, à prétendre que le mariage est l’affaire d’un homme et d’une femme et, pire encore, s’il n’avait pas, dans sa jeunesse, appartenu à un mouvement péroniste. Heureusement, ces tares sont dans une certaine mesure compensées par le fait que le chef de l’Eglise catholique se montre d’une grande bienveillance envers les migrants – Jésus lui-même n’a-t-il pas été réfugié? –, est favorable au mélange des peuples, prône le dialogue avec l’islam, désapprouve les catholiques traditionalistes et va jusqu’à prétendre que «les communistes, ce sont les chrétiens. C’est les autres qui nous ont volé notre bannière!»1

Il sera donc beaucoup pardonné au pape François, dont on peut d’ailleurs espérer qu’il se repentira avec le temps des quelques errements mentionnés plus haut.

Quant à la question, somme toute accessoire, de savoir si le pape est de gauche, Le Canard l’illustre par une comparaison: «Vient un horrible doute: et si Jésus, ce va-nu-pieds anticapitaliste révolté par les marchands du Temple, cet égalitariste dénonçant la bourgeoisie pharisienne, était de gauche?»

Bien sûr, il faut faire la part de l’ironie, légère comme une ballerine brandissant une enclume, dont Le Canard nous abreuve à longueur de pages. Tout de même, à l’intention du lecteur peu sensible à cet humour glacé et sophistiqué, on rappellera que Jésus n’était pas un va-nu-pieds, puisque son père terrestre était charpentier; qu’il s’est fâché contre les marchands du Temple non pas parce qu’ils étaient capitalistes, mais parce qu’ils exerçaient leur activité dans un lieu sacré; qu’il s’en prenait aux pharisiens non pas en raison de leur statut social, mais de leur hypocrisie.

Et Le  Canard, je veux le croire, le sait pertinemment.

M. P.

 

1 Le Canard enchaîné (6 septembre 2017) s’appuyant sur des extraits du livre Politique et société (éd. de l’Observatoire) de Dominique Wolton, extraits eux-mêmes tirés du Figaro Magazine du 1er septembre 2017.

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