Si la liberté d’expression n’existait pas, il ne faudrait surtout pas l’inventer

Soyons clair: nous avons toujours été agacé, et nous le serons toujours, par les jérémiades hypocrites qui déferlent à longueur d’année sur les réseaux sociaux, forums internet et autres blogs. Mais les semaines qui ont précédé la votation sur le projet de réforme «Prévoyance-vieillesse 2020» – qui a finalement échoué – nous en ont apporté double, triple, quadruple ration. Ce fut un véritable raz-de-marée de témoignages larmoyants sur la souffrance que de nombreuses personnes ressentent, ou feignent de ressentir, face à leur vie professionnelle.

Certains affirmaient que, bien qu’étant encore jeunes, ils n’en pouvaient déjà plus de travailler! En écho, d’autres, arrivant au terme d’une carrière bien remplie, laissaient clairement entendre que, à leurs yeux, travailler deux ans de plus représenterait la fin du monde (même si ce n’était pas le sujet de la votation). D’un bout à l’autre de la vie active, le message semblait le même: un labeur incessant, harassant et épuisant, accompli dans des conditions inhumaines et misérablement payé, rend aujourd’hui toute la population malade et amène les gens à se tuer littéralement au travail.

De deux choses l’une: ou bien l’économie helvétique est effectivement un véritable enfer, mélange des mines de Zola et des forges du Mordor; ou bien les personnes qui s’expriment sur internet sont, à choix, de vilains menteurs, de grosses feignasses ou des êtres hyper-méga-fragiles, incapables dans tous les cas d’affronter une vie professionnelle normale.

Or, lorsque nous regardons autour de nous, dans la vraie vie, nous voyons des routes encombrées de gros 4x4 qui, chaque fin de semaine, vont écumer les grandes surfaces ou partent à la montagne; nous voyons des jeunes accros à la mode et aux marques, tous équipés des derniers modèles d’ordiphones; nous voyons aussi des amis, des connaissances, voire de simples inconnus se réjouir d’exercer un emploi qui leur plaît et en parler avec intérêt, sinon avec passion. Ce n’est peut-être pas toute la population, mais une bonne partie tout de même; et ces gens ne sont de loin pas tous des privilégiés.

Le constat est sans appel: les Suisses travaillent beaucoup moins que les Nord-Coréens, ils ont beaucoup plus de temps libre et surtout beaucoup plus d’argent, et pourtant ils se plaignent bien davantage. Les vieux sages en concluront sentencieusement que l’argent ne fait pas le bonheur, et que le travail c’est la santé. Pour notre part, nous préférons pointer du doigt le rôle éminemment nuisible de la liberté d’expression: plus celle-ci est élevée, plus les masses populaires se répandent en âneries et en mensonges sur internet.

Pollux

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