Editorial

Les résultats des dernières votations en matière de prévoyance ont été serrés, c'est le moins qu'on puisse dire. Malgré une courte victoire des tenants de la révision de l'AVS, la question est loin d'être définitivement réglée. Les mouvements de populations et l'incertitude quant à l'espérance de vie laissent ouverts tous les scénarios. Mais personne ne remet en question le modèle actuel des trois piliers.

Lors de l'introduction de l'AVS en 1948, l'espérance de vie des hommes à 65 ans était de 12,4 ans. En 2020, ce chiffre avait passé à plus de 20 ans et, pour les femmes, la différence est encore plus notable, car elle a passé de 14 à plus de 23 ans. Si on ajoute à cela que les rentes servies aux retraités tendent à s'adapter au coût de la vie, et augmentent donc régulièrement, on comprend que les montants nécessaires à la survie de l'AVS sont considérables.

En 1985, la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP) était introduite afin de compléter une AVS insuffisante à permettre une retraite décente à nos aînés. Cette épargne obligatoire, alimentée tant par le salarié que par l'employeur constitue ce que l'on appelle communément le deuxième pilier. Il est complété par le troisième pilier, qui est une épargne volontaire et défiscalisable.

Quels sont les problèmes auxquels la prévoyance actuelle est confrontée? Tout d'abord, l'AVS, le premier pilier, fonctionne sur le système de la répartition, à savoir que les salariés actifs paient, grâce à leurs cotisations, les rentes des retraités actuelles, avec l'espoir que, le jour venu, il y aura assez de salariés pour payer les leurs. Or la pyramide des âges et la baisse de la natalité ne laissent rien présager de bon de ce côté-là. C'est la raison pour laquelle on vote sur des révisions du système qui visent à assurer des moyens suffisants pour financer les retraites AVS.

En ce qui concerne le deuxième pilier, le principal souci provient du manque de rentabilité des investissements, qui ne permettent plus aux caisses de pensions de proposer un taux de conversion élevé, et donc réduit les rentes servies par la caisse en fonction du capital accumulé. Les taux de cotisation progressifs en fonction de la tranche d'âge rendent les salariés plus âgés plus coûteux et donc moins attractifs à l'embauche. C'est peut-être une des causes des difficultés que rencontrent les personnes de plus de 50 ans pour retrouver du travail.

Finalement, dans son ensemble, le système pèche par son manque de flexibilité, légèrement corrigé par la dernière révision acceptée de justesse le 25 septembre dernier. En cas de retraite anticipée, et pour un maximum de deux ans, les rentes se voient réduites de façon importante.

Il est donc probablement temps de repenser le système dans sa globalité. Les gens de ma génération, actifs autour de 50 ans, ont l'habitude de dire d'un air désabusé: «De toute façon, nous ne verrons pas la couleur de l'AVS, il n'y aura plus d'argent quand nous arriverons à 65 ans. Il faut nous habituer à l'idée que nous travaillerons au moins jusqu'à 70 ans avec l'augmentation de l'espérance de vie.» Cette idée, répétée comme une espèce de mantra, est probablement exacte sans un changement profond de la conception même du système.

Je propose de supprimer l'AVS/AI et d'augmenter le poids de la LPP. Le système de la répartition ne fonctionne plus dans le contexte démographique actuel. Mais comme on ne peut pas compter sur la responsabilité individuelle pour assurer les rentes de vieillesse, l'épargne individuelle obligatoire est une bonne solution.

Le premier point à corriger par rapport au système actuel est la progressivité du taux de cotisation en fonction de la tranche d'âge. Les jeunes cotisent à un taux inférieur sur des revenus généralement plus bas, ce qui fait qu'ils n'accumulent que très peu de capital en début de carrière. Or l'épargne-retraite présente le grand avantage de se faire sur le très long terme et une bonne partie du capital final est issue de l'intérêt composé, soit des intérêts sur les intérêts. Par exemple, un capital de 1000 francs déposé sur un compte à 3% durant quarante-cinq ans donne un capital final de 3781 francs. Le même capital placé au même taux durant trente ans ne nous donne que 2427 francs. Il est donc essentiel, pour assurer une épargne suffisante, de commencer à cotiser tôt et beaucoup. Un taux de cotisation égal pour toutes les tranches d'âge me semble une solution équitable.

Le débat sur l'âge de la retraite n'existe que pour ce qui concerne l'AVS.

Avec une solution d'épargne personnelle, le choix reviendrait à l'individu en fonction de l'avoir accumulé. Prenons l'exemple d'un cadre supérieur aux revenus très élevés, ayant accumulé à 50 ans un capital suffisant pour lui assurer un train de vie modeste, mais adapté à ses aspirations: il pourrait partir à la retraite sans rien demander à personne. A l'inverse, un indépendant, arrivé en Suisse à 35 ans et en pleine forme, pourrait décider de travailler jusqu'à sa mort et de léguer le capital à ses descendants. On peut parfaitement imaginer des options mixtes avec réduction du temps de travail tout en continuant à alimenter la tirelire. Tout est question d'imagination.

Michel Paschoud

Thèmes associés: Economie - Politique fédérale

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