Un prince sans noblesse

Le prince Henry du Royaume-Uni, duc de Sussex, plus connu sous le surnom de prince Harry, a décidé d’oublier qu’il est prince et que cet état devrait l’inciter à un minimum de discrétion et de décence, ne serait-ce que par respect pour lui-même. Il a décidé de faire de l’exhibitionnisme en publiant des «Mémoires», qui, avant même leur parution, avaient été traduits, nous dit-on, en seize langues – une juteuse opération financière assurément. Il n’y a pas lieu de s’en étonner, d’ailleurs, compte tenu du goût du public pour le sensationnel et du fait que le duc et la duchesse de Sussex doivent gagner leur vie depuis qu’ils ont renoncé aux privilèges, notamment financiers, que leur valaient leurs activités au service de la couronne britannique. En tout cas, il semble que Spare (Roue de secours ou Pièce de rechange, traduit plus élégamment par Le Suppléant pour l’édition française) se vende comme des petits pains.

A l’heure où je rédige ces lignes, la famille royale d’Angleterre observe dignement le silence, un silence que j’espère méprisant. Elle en a vu d’autres, d’ailleurs, et je doute que les cacas nerveux de Harry et de sa Meghan – il semblerait que cette dernière se dispose à exploiter également le filon – troublent les cérémonies du couronnement du roi Charles III, comme feint de le craindre une presse probablement beaucoup plus républicaine que l’immense majorité des Britanniques.

Tout de même, j’éprouve un malaise: les princes de la famille royale anglaise ne se sont certes pas tous distingués par leur vertu. Les enfants de la reine Elisabeth II lui ont causé bien des soucis. Mais aucun n’a trahi sa famille, pas plus que ne l’a fait le futur Guillaume V, désormais héritier du trône. Pourquoi donc le «rebelle» agit-il différemment? Pourquoi juge-t-il nécessaire de lancer à la face du monde ses «révélations»?

A cela, je vois trois explications possibles.

La première est que, à la suite de traumatismes divers – tragique décès de sa mère, alors qu’il n’était qu’un enfant, incompréhension de son entourage en cette terrible circonstance, pénibles expériences militaires, chagrins d’amour –, il a conçu à l’égard de la société en général, et de sa famille en particulier, une insurmontable rancœur, qui l’a conduit à perdre de vue les limites que devrait lui imposer son rang.

La deuxième, c’est qu’il est éperdument amoureux d’une ravissante féministe woke, qui, après avoir aligné les échecs et les demi-succès dans le monde de la télévision1, avait cru, bien à tort, pouvoir régner sur la cour d’Angleterre. Preux chevalier d’une victime du conservatisme, il a mis son talent pourfendeur au service de sa dame.

La troisième et la plus probable est qu’il manque de noblesse. Par noblesse, je n’entends pas seulement la noblesse de sang, mais aussi la noblesse d’esprit et de comportement; ce qu’on appelle la classe. Il ne suffit pas d’être prince pour être noble et on peut être noble sans être prince.

La famille royale d’Angleterre en donne un éclatante démonstration. Deux couples retiennent l’attention: le prince et la princesse de Galles (William et Kate), le duc et la duchesse de Sussex (Harry et Meghan). Tous deux se composent d’un prince et d’une roturière. La princesse de Galles, née Catherine Middleton, est une très belle femme, qui assume avec classe les charges qu’implique son union avec le futur roi d’Angleterre. La duchesse de Sussex, née Meghan Markle, est une très belle femme, qui n’assume plus rien et ne ressemblera jamais qu’à un mannequin. La première a épousé un prince noble. La seconde a épousé un prince qui ne l’est pas.

La noblesse est un état d’esprit.

M. P.

 

1 https://fr.wikipedia.org/wiki/Meghan_Markle, avec les réserves d’usage concernant Wikipédia.

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