Editorial

Je ne sais pas ce que nos lecteurs pensent des manifestations et grèves auxquelles se livrent, à l’appel de leurs syndicats, une partie des employés des secteurs public et parapublic vaudois, dont une grande proportion d’enseignants, sous prétexte que le taux d’indexation de leurs salaires à partir du 1er janvier 2023 a été fixé à 1,4% seulement. 

Moi, je trouve ça indécent.

A quatre reprises déjà, ces gens ont braillé des slogans idiots dans les rues et sur les places de Lausanne, entravé les transports publics aux heures où les travailleurs, dont certains n’auront pas d’indexation du tout, devraient avoir le droit de rentrer chez eux sans trop tarder, et réclamé, que dis-je, exigé une indexation de 3%, plus élevée que le renchérissement moyen du coût de la vie pour l’année 2022, qui est de 2,8%. Et ne parlons pas des écoliers «mis en congé» au grand dam de certains parents contraints, eux, de prendre congé pour s’occuper de leur progéniture – en effet, contrairement au personnel soignant ou à la police, les enseignants grévistes n’assurent apparemment pas de service minimum.

Tout occupés qu’ils sont à défendre leurs intérêts corporatifs, les grévistes et manifestants oublient les privilèges dont ils jouissent, notamment en matière de progression des salaires ou de cotisations à la caisse de pension. Ils oublient que les lourds impôts payés par les Vaudois ne sont pas destinés exclusivement à préserver leurs avantages et à assurer leur aisance matérielle. Ils oublient que l’Etat a quelques autres charges à financer. Ils oublient que l’érosion du pouvoir d’achat touche toute la population. Ils oublient enfin que la fameuse solidarité dont se gargarisent en général leurs syndicats devrait les inciter à penser à leurs concitoyens non rémunérés par l’Etat de Vaud, qui financeront aussi l’augmentation de leur indexation si, par malheur, le Conseil d’Etat et le Parlement finissent par céder.

La démarche des syndicats qui pilotent cette rébellion s’apparente à celle des syndicats français, dont on connaît la bienfaisante activité: chantage et prise d’otages. Il se peut que cette méthode, qui n’a plus rien à voir avec la bénéfique paix du travail, finisse par porter ses fruits, mais ce n’est pas sûr du tout: il y a lieu de supposer que, sauf au sein de la gauche, évidemment, le mouvement – qui ne réunit d’ailleurs qu’une minorité des employés du service public et parapublic – ne bénéficie pas du soutien de la population.

Il est toujours intéressant de lire les commentaires des lecteurs publiés par les journaux en ligne, même si le style et l’orthographe des auteurs ne font guère honneur à l’enseignement du français. Dans le cas qui nous occupe, les opinions que j’ai lues concernent principalement  les enseignants, fréquemment traités de fainéants du fait des longues vacances scolaires dont bénéficient les écoliers vaudois. Ces commentaires acerbes, et le plus souvent injustes, montrent que l’Etat de Vaud n’encourra pas l’échafaud s’il refuse de céder aux sommations syndicales.

C’est une maîtresse secondaire retraitée qui vous le dit.

Mariette Paschoud

Thèmes associés: Politique vaudoise

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